En bref:
- Bentley lance le Torcal, son premier SUV 100 % électrique : jusqu’à 876 ch, 600 km d’autonomie et recharge 800 volts.
- Ce modèle de luxe mise sur un châssis ultra-technologique, des matériaux plus responsables et un habitacle très raffiné.
- Sa bande-son artificielle inspirée du V8 illustre la volonté de préserver l’émotion mécanique malgré le passage à l’électrique.
Bentley entre enfin dans l’ère du 100 % électrique. Avec le Torcal, la marque britannique dévoile son tout premier modèle à batterie, un grand SUV de 5 mètres de long qui promet jusqu’à 600 km d’autonomie WLTP, une recharge ultra-rapide en 800 volts et un niveau de prestation fidèle à l’image de Crewe.
Mais au-delà de la fiche technique, ce lancement dit beaucoup de la stratégie de Bentley en 2026 : avancer vers l’électrique sans rompre brutalement avec son héritage, quitte à recréer artificiellement une part de l’émotion mécanique qui faisait l’identité de ses V8.
Un tournant historique pour Bentley
Le Torcal n’est pas un modèle comme les autres. C’est la première Bentley électrique en 107 ans d’histoire. Il devient aussi la quatrième ligne de produits de la marque, aux côtés des Continental GT, Flying Spur et Bentayga.
Bentley avait depuis plusieurs années affiché de grandes ambitions sur l’électrification, avant de temporiser face à une demande plus hésitante que prévu sur le très haut de gamme. Le Torcal illustre donc une approche plus prudente, mais aussi plus réaliste : commencer par un SUV, format déjà validé commercialement chez Bentley, plutôt que par une berline ou un coupé plus risqués.
📌 À retenir
- Premier véhicule 100 % électrique de Bentley
- SUV 5 places de 5 mètres
- Jusqu’à 600 km WLTP d’autonomie
- Deux versions : Torcal et Torcal S
- Production à Crewe, au Royaume-Uni
- Premières livraisons attendues en 2027
Un SUV électrique très haut de gamme, mais pas timide
Visuellement, le Torcal cherche clairement à marquer une rupture. Bentley conserve ses codes de robustesse et de prestige, mais le dessin apparaît plus musclé, plus anguleux et plus spectaculaire que celui du Bentayga.
Parmi les éléments marquants :
- une calandre illuminée à motif diamant, désormais purement stylistique ;
- une face avant plus verticale ;
- un pavillon abaissé pour améliorer l’allure et l’aérodynamique ;
- une partie arrière plus épurée, avec des feux fins ;
- le nouveau logo Bentley, inauguré ici pour la première fois sur un modèle de série.
Le nom Torcal fait référence à El Torcal de Antequera, une formation rocheuse espagnole, dans la tradition Bentley qui aime associer ses modèles à des lieux naturels.
Jusqu’à 876 ch et des performances de supercar
Sous sa carrosserie, le Torcal n’a rien d’un SUV électrique placide. Bentley annonce deux moteurs électriques, un sur chaque essieu, avec transmission intégrale de série.
Les deux versions annoncées
| Version | Puissance | Couple | 0 à 100 km/h | Vitesse max |
|---|---|---|---|---|
| Bentley Torcal | 810 ch | 1 194 Nm | 3,4 s | 250 km/h |
| Bentley Torcal S | 876 ch | 1 350 Nm | 2,9 s | 260 km/h |
Oui, cela place le Torcal parmi les Bentley les plus puissantes et les plus rapides jamais produites. La marque précise toutefois avoir volontairement limité l’exubérance de l’accélération : selon elle, une poussée encore plus brutale aurait été jugée peu cohérente avec l’esprit grand tourisme et confort de la maison.
💡 Conseil d’expert
Sur ce segment, les chiffres bruts impressionnent, mais ils ne font pas tout. Pour une Bentley, l’enjeu est moins de battre un record de 0 à 100 que de conserver une sensation de puissance facile, fluide et silencieuse. C’est là que le Torcal sera réellement attendu.
600 km WLTP et recharge jusqu’à 400 kW
Le Torcal repose sur une architecture 800 volts avec une batterie de 113 kWh. Bentley annonce jusqu’à 375 miles, soit environ 600 km WLTP.
Côté recharge, les chiffres sont particulièrement ambitieux :
- 10 à 80 % en 16 minutes sur borne DC très haute puissance ;
- jusqu’à 400 kW de puissance de charge ;
- environ 160 km récupérés en 7 minutes dans les meilleures conditions.
Ce que cela signifie en pratique
Sur le papier, Bentley se place au niveau des références les plus avancées du groupe Volkswagen en matière de recharge ultra-rapide. Cela laisse penser à une parenté technique étroite avec la future base PPE exploitée aussi dans l’univers Porsche.
Mais il faut garder un regard mesuré :
- 400 kW restent encore rares sur le terrain ;
- les performances de charge dépendent de la température, du niveau de batterie et de la courbe réelle ;
- les 600 km WLTP se traduiront probablement par une autonomie inférieure sur autoroute à vitesse soutenue.
ℹ️ Bon à savoir
Bentley accompagne la batterie d’une garantie de 10 ans ou 100 000 miles. C’est cohérent avec le positionnement premium du modèle, même si à ce niveau de prix, cela relève presque du minimum attendu.
Un châssis très technologique pour préserver l’ADN Bentley
L’un des aspects les plus intéressants du Torcal est sans doute son châssis. Bentley annonce ici plusieurs premières techniques pour la marque :
- suspension entièrement active ;
- quatre roues directrices ;
- gestion indépendante de chaque roue ;
- possibilité d’opter pour de très grands freins carbone-céramique.
La suspension active est censée à la fois filtrer les irrégularités comme une grande routière et tenir la caisse malgré le poids d’un SUV électrique luxueux. C’est crucial, car sur ce type de véhicule, la question n’est pas seulement la performance, mais la capacité à masquer la masse.
Bentley annonce aussi un diamètre de braquage de 11,1 mètres, ce qui est notable pour un SUV de 5 mètres.
Un habitacle entre artisanat britannique et démonstration technologique
À bord, Bentley cherche un équilibre devenu rare dans l’industrie : mettre de la technologie partout, sans tout confier à l’écran. Bonne nouvelle, le Torcal conserve de vraies commandes physiques sur des fonctions importantes.
Parmi les équipements annoncés
- écran central OLED incurvé ;
- affichage tête haute en réalité augmentée ;
- reconnaissance faciale pour charger le profil conducteur ;
- smartphone faisant office de clé ;
- portes motorisées avec ouverture/fermeture assistée ;
- parking à distance via application ;
- aides à la manœuvre appuyées par 25 radars, capteurs et caméras.
Bentley ajoute également plusieurs raffinements spectaculaires, typiques du segment ultra-luxe :
- toit vitré à opacification variable ;
- sièges avant chauffants, ventilés, massants et réglables sur 16 positions ;
- banquette arrière rabattable électriquement, une première pour la marque ;
- système audio standard 16 haut-parleurs ou installation Naim 28 haut-parleurs / 1 780 W en option.
De la laine mérinos à la place du tout-cuir
C’est l’un des points les plus intéressants du Torcal dans le contexte de la transition des matériaux. Bentley introduit un textile en laine mérinos 100 %, développé avec le tisserand britannique Fox Brothers.
La marque met en avant plusieurs arguments :
- matériau adapté à un usage automobile, ce qui n’allait pas de soi ;
- certification Responsible Wool Standard ;
- alternative plus contemporaine au cuir systématique dans l’univers du luxe.
Bentley propose aussi une finition Ombré Walnut, réalisée à partir de chutes de noyer et de papier recyclé superposés. Cela ne fait pas du Torcal un véhicule “sobre” au sens environnemental strict, bien entendu, mais cela montre l’évolution du luxe automobile : moins démonstratif dans la matière brute, plus attentif à la traçabilité et à la narration des matériaux.
📢 Point critique
Un SUV électrique de près de 5 mètres et de plusieurs tonnes reste un objet énergivore à produire et à déplacer. Les matériaux plus responsables et l’absence d’émissions locales ne suffisent pas à effacer cet enjeu. Le Torcal incarne davantage une électrification du luxe existant qu’une rupture vers la sobriété.
La question qui fâche : pourquoi recréer un son moteur ?
C’est probablement l’élément le plus commenté du Torcal. Bentley a conçu une signature sonore baptisée Dynamic Symphony, élaborée à partir d’enregistrements de batterie, d’alto et de guitare basse, censés évoquer le rythme d’un V8 de la marque.
L’idée n’est pas de reproduire exactement un faux moteur thermique, mais de conserver un repère émotionnel et sensoriel pour le conducteur. Le son varie selon la vitesse et la demande de couple, et devient plus présent en mode Sport. Il peut aussi être désactivé.
Une vraie idée… ou un aveu ?
Les deux lectures coexistent.
Ce que cela dit positivement :
- Bentley comprend qu’une voiture de luxe ne se résume pas à des kWh ;
- la marque travaille l’expérience multisensorielle de façon cohérente ;
- elle cherche une transition moins brutale pour une clientèle attachée au caractère mécanique.
Ce que cela révèle aussi :
- même chez les marques les plus prestigieuses, l’électrique doit encore rassurer culturellement ;
- le silence naturel d’un EV n’est pas toujours perçu comme suffisant pour justifier, seul, l’émotion attendue à ce niveau de prix ;
- le storytelling sonore peut vite sembler artificiel s’il prend le pas sur l’authenticité.
“La technologie doit enrichir l’expérience, pas la dominer.”
— philosophie revendiquée par Bentley pour le Torcal
Sur le fond, la démarche est compréhensible. Mais elle souligne aussi une tension bien réelle dans l’automobile haut de gamme : comment préserver l’identité d’une marque historiquement construite autour des moteurs thermiques, quand ces moteurs disparaissent ?
Un positionnement stratégique face à Range Rover et Rolls-Royce
Avec un tarif de départ annoncé autour de 173 300 livres au Royaume-Uni, et 200 000 livres pour le Torcal S, Bentley place son SUV dans une niche encore étroite.
Ses rivaux les plus évidents
| Modèle | Type | Positionnement prix approximatif |
|---|---|---|
| Bentley Torcal | SUV électrique de luxe | dès 173 300 £ |
| Range Rover Electric | SUV premium/haut de gamme | dès 154 070 £ |
| Rolls-Royce Spectre | Coupé électrique ultra-luxe | env. 330 000 £ |
Le Torcal n’est donc ni un EV “abordable”, ni le plus extravagant du marché. Il occupe une place intermédiaire : plus exclusif qu’un grand SUV premium, mais moins inaccessible qu’une Rolls-Royce électrique.
Bentley vise aussi une clientèle plus jeune et plus ouverte aux nouvelles technologies, sans renier sa base traditionnelle.
Un lancement important, mais dans un marché encore fragile
C’est sans doute le point le plus important à garder en tête. Le Torcal arrive à un moment où l’électrique de luxe n’a pas encore totalement trouvé sa vitesse de croisière. Plusieurs constructeurs ont récemment révisé leurs ambitions, et Bentley elle-même avait déjà ralenti son calendrier de bascule.
Le constructeur reconnaît d’ailleurs une part d’incertitude sur la demande réelle. C’est un discours plus lucide que triomphaliste, et plutôt rare dans l’industrie.
Pourquoi ce Torcal compte malgré tout
- il concrétise enfin l’entrée de Bentley dans le 100 % électrique ;
- il sert de vitrine technologique pour la marque ;
- il permet de tester la réaction du marché sans multiplier immédiatement les modèles ;
- il sécurise aussi l’activité industrielle de Crewe, avec un investissement annoncé de 350 millions de livres.
😊 En clair
Le Torcal n’est pas seulement un nouveau SUV électrique très cher. C’est aussi un test grandeur nature pour savoir si le luxe automobile traditionnel peut réussir sa transition vers la batterie sans perdre son pouvoir d’attraction.
Bentley signe avec le Torcal une entrée sérieuse, techniquement crédible et très travaillée dans l’électrique. Reste désormais l’essentiel : vérifier si cette promesse de luxe silencieux, ultra-performant et encore très émotionnel convaincra réellement une clientèle qui, jusqu’ici, restait plus prudente que prévu.
