Électrique à 28%: record historique sur un marché en panne — vers un parc à deux vitesses ?

En bref:

  • Janvier atteint un record de 28% de BEV mais c’est un pic conjoncturel porté par le leasing social, les aides et des promos — le marché neuf recule au plus bas depuis 15 ans hors crise.
  • Derrière ce chiffre, un marché à deux vitesses et un parc qui vieillit (hors métropoles) : sans aides ciblées, occasion électrique déverrouillée et baisse du coût du véhicule, la transition restera parcellaire.

Le mois de janvier signe un paradoxe bien français: jamais la voiture électrique n’a pesé aussi lourd dans le neuf (28% des immatriculations), et pourtant le marché recule à un plus bas de quinze ans hors crise des semi-conducteurs. Un record qui doit autant aux aides publiques qu’à des opérations commerciales agressives.

Derrière ce pic conjoncturel, se dessine un marché à deux vitesses et un parc qui vieillit rapidement, notamment hors des grandes métropoles. Décryptage, chiffres à l’appui, et enjeux pour la transition.

📊 Les chiffres clés de janvier 2026

  • 107 157 voitures particulières immatriculées en France (-6,55% vs janvier 2025), plus bas niveau pour un mois de janvier depuis 15 ans (hors 2022).
  • L’électrique (BEV) atteint un record de 28% de part de marché, porté par les livraisons du leasing social et l’électrification des flottes.
  • Canaux de vente: particuliers en léger retrait (-2%), flottes en fort recul (-15%). Marché de l’occasion en nette baisse (~-10%).
  • Financement: la LLD bondit chez les particuliers (+42% sur un an) pour atteindre 34% de part du canal, boostée par le leasing social; la LOA reste stable.
  • Modèles électriques en tête: Renault 5, devant Renault Scénic puis Peugeot 208.
  • Performances groupes:
    • Stellantis VP: -2,7% (Citroën +2,8%, Peugeot -8,2%).
    • Groupe Renault: +1,1% (Renault +20,7%, Dacia -33,9%).
    • Toyota: -15,5%.
  • Effet calendrier: un jour ouvré de moins qu’en janvier 2025.

📌 À noter

  • Selon AAA Data, la recomposition énergétique atteint un « point de bascule » avec une très large majorité des immatriculations dites « électrifiées » (incluant micro-hybride, hybride, hybride rechargeable et électrique). Une dynamique structurelle, mais encore loin de se traduire dans le parc roulant.

Pourquoi l’électrique grimpe quand le marché recule

  • Aides publiques déterminantes: le pic de janvier reflète avant tout la vague de livraisons issues des commandes de leasing social et un bonus rehaussé fin 2025. Effet attendu jusqu’à la fin du 1er trimestre, puis affaissement.
  • Politiques d’entreprise: la mise à niveau CO2 accélère l’adoption dans les flottes, malgré un contexte macro prudent.
  • Promotions ciblées: rabais constructeurs et offres locatives compétitives ont fluidifié les livraisons.

Info box — À retenir

  • 28% de BEV en janvier n’est pas un « nouveau normal », mais un sommet conjoncturel lié aux dispositifs d’incitation.
  • Sans soutien, la demande reste hésitante: plusieurs dirigeants, dont chez Stellantis, évoquent l’absence de « demande naturelle » pour le VE au niveau des prix actuels.
  • L’UE a assoupli la trajectoire 2035: les ventes thermiques/hybrides resteront possibles après l’échéance, sous conditions de compensation des émissions.

Un marché à deux vitesses

Pour une minorité de ménages éligibles et les flottes, l’accès au neuf électrifié est facilité par les aides et la location longue durée. Pour la majorité, le ticket d’entrée — toutes motorisations confondues — reste trop élevé. Conséquences:

  • Attentisme et arbitrages budgétaires: en période d’inflation et d’incertitudes, mieux vaut différer un achat onéreux.
  • Repli du neuf ET de l’occasion: quand le VO cale (-10%), le renouvellement global ralentit.
  • Glissement vers la LLD: le succès du leasing social installe durablement la location comme mode d’accès, mais tout le monde n’y a pas accès, ni partout.

💡 Bon à savoir
La hausse des prix depuis 2019 s’explique en grande partie par le « coût du contenu » (électronique, ADAS, dépollution, batteries, normes), plus que par les marges. Résultat: même en thermique, l’accessibilité recule.


Le parc vieillit: une réalité qui s’accentue hors métropoles

  • 42,49 millions de VP au 31 décembre 2025 (+1% en un an).
  • Âge moyen: 12,3 ans (11,9 ans fin 2024). Dans de nombreux départements ruraux (Ariège, Creuse, Dordogne, Indre, Lot, Lozère, Nièvre, Orne), on dépasse 14 ans.
  • Mix énergétique du parc: diesel 47%, essence 40%, hybrides 9%, électriques un peu plus de 3% (~1,4 million de VE). Les SUV, surreprésentés dans le neuf (>50%), ne pèsent encore qu’environ 23% du parc.

Enjeux associés:

  • Sécurité et émissions: des véhicules plus âgés, moins bien équipés en sécurité active et passive, et plus émetteurs.
  • Transition ralentie: si le neuf cale et que le VO ne prend pas le relais, les gains CO2 et NOx progressent trop lentement.
  • Fracture territoriale: coût d’usage, accès à la recharge et contraintes ZFE créent des disparités entre urbains et ruraux.

Thermiques et hybrides: sous pression, mais pas hors-jeu

Janvier illustre une pression sur l’ensemble des motorisations non-BEV, avec quelques nuances:

  • MHEV (micro-hybride): en hausse.
  • HEV, PHEV et EREV: en léger recul.
  • Segment A en repli marqué, mais possible rebond avec l’arrivée/annonce de modèles plus sobres (Renault Twingo IV électrique, Toyota Aygo X hybride, Fiat 500 mild-hybrid) et l’idée d’une nouvelle catégorie « simple et légère » pour contenir les prix.

🎯 Point d’attention
L’assouplissement européen post-2035 offre un coussin réglementaire aux thermiques/hybrides, mais la pression CO2 et les ZFE pousseront mécaniquement vers l’électrification… si l’accessibilité suit.


Ce qui fausse (encore) la lecture du marché

  • Effet d’aides concentré: l’onde du leasing social gonfle les statistiques VE sur un laps de temps court.
  • Jour ouvré en moins: contribue marginalement à la baisse, mais n’explique pas tout.
  • Mix canaux: retrait des flottes pénalise un marché historiquement dépendant du B2B.
  • Promotions de fin d’année/début d’année: décalent des immatriculations d’un mois sur l’autre.

📢 Citation à méditer
« Le pic de VE de janvier illustre le poids des aides et brouille la lecture du marché » (analyse AAA Data). Autrement dit, ne confondons pas signal structurel et soubresaut conjoncturel.


Quelles pistes pour sortir de l’impasse

  • Stabiliser et cibler les aides:
    • Visibilité pluriannuelle des bonus et critères écologiques.
    • Prioriser les ménages modestes, zones rurales et périurbaines.
  • Déverrouiller l’occasion électrique:
    • Primes à la conversion élargies aux VO électriques/hybrides.
    • Garanties batterie, historique de SOH, financement dédié VO.
  • Simplifier et alléger:
    • Encourager les véhicules plus compacts et plus légers (moindre coût, moindre besoin batterie).
    • Favoriser les gammes « essentielles » pour réduire le « coût du contenu ».
  • Infrastructures du quotidien:
    • Accélérer la recharge résidentielle/collective et le maillage en zones rurales.
  • Outils de maîtrise du budget:
    • LLD/LOA transparentes (kilométrage, valeur de rachat, assurances), offres d’énergie à prix stables.
  • Flottes locomotives:
    • Continuer la bascule VE/HEV en B2B et organiser le reflux des véhicules dans un VO attractif.

Projection 2026-2027: stabilité puis rebond?

  • 2026: marché attendu globalement stable ou en léger reflux autour de 1,62–1,65 million de VP, avec un VE proche d’une vente sur quatre en moyenne annuelle (moins que le 28% de janvier).
  • 2027: plusieurs cabinets anticipent un rebond plus net, si l’offre abordable s’étoffe et si les dispositifs sont lisibles.

🧭 À surveiller au 1er semestre 2026

  • L’atterrissage de l’effet leasing social après mars.
  • Les prix catalogue et la politique promo.
  • L’appétit des flottes, baromètre avancé de la reprise.
  • L’arrivée des petites nouveautés « accessibles » et leur réception.

En clair, l’arbre d’un 28% électrique record ne doit pas cacher la forêt d’un marché en panne et d’un parc qui vieillit: sans cap de prix et d’accessibilité, la transition restera une affaire de niches et de pics ponctuels, pas une dynamique de fond.

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