En bref:
- Apple va permettre des assistants IA tiers (ChatGPT, Gemini, etc.) dans CarPlay comme apps vocales, mais Siri reste l’assistant par défaut et ces IA n’auront pas accès aux commandes véhicule.
- Pour les conducteurs de VE, cela apporte un vrai copilote de planification et d’optimisation de recharge (itinéraires, bornes, divertissement pendant la charge), avec les limites du cloud (couverture, confidentialité, risques d’« hallucinations »).
- Ce n’est pas la fin des systèmes embarqués: les constructeurs conservent l’intégration profonde et les données véhicule nécessaires pour des automatismes fiables.
L’information est passée presque discrètement, mais elle pourrait rebattre les cartes de l’habitacle connecté. Selon Bloomberg, Apple s’apprête à autoriser des assistants IA tiers — ChatGPT, Gemini, Claude — directement dans CarPlay. Une petite révolution, encadrée par de gros garde‑fous, qui arrive au moment où l’IA conversationnelle s’invite déjà dans les cockpits des constructeurs.
Faut‑il y voir la fin des systèmes d’infodivertissement propriétaires et l’avènement du copilote intelligent pour la voiture électrique ? Oui… et non. Décodage, usages concrets côté VE, et limites à connaître avant de s’enthousiasmer.
Ce qui change vraiment dans CarPlay
- Siri reste l’assistant par défaut. Le bouton au volant et le mot d’activation restent réservés à Siri.
- Les apps IA tierces arrivent dans CarPlay… en tant qu’apps. Il faudra les ouvrir sur l’écran de la voiture pour parler. Les développeurs pourront déclencher automatiquement un “mode vocal” à l’ouverture.
- Accès système limité. Les chatbots ne piloteront ni l’iPhone, ni les fonctions du véhicule. On parle d’un canal vocal “sûr” pour converser, pas d’un remplacement de l’assistant de bord.
- Déploiement “dans les prochains mois”. La fenêtre coïnciderait avec la montée en puissance de Siri (iOS 26.4) et une refonte plus profonde attendue avec iOS 27. Apple n’a pas officialisé.
📌 À retenir
- Ouverture oui, mais sous contrôle d’Apple.
- Pas d’IA “au bouton volant” autre que Siri.
- Pas d’accès direct aux commandes du véhicule.
Pourquoi maintenant ? Pression concurrentielle et pragmatisme Apple
- Constructeurs à l’offensive. Mercedes déploie un MBUX Virtual Assistant adossé à Gemini, d’autres intègrent ChatGPT nativement. Tesla expérimente déjà des agents de type “copilote”.
- Android Auto/Automotive accélère sur l’IA. Google fait progresser l’assistant et les résumés contextuels au volant.
- CarPlay Ultra patine. La version “full dashboard” reste cantonnée à quelques modèles premium. Ouvrir aux IA tiers modernise immédiatement le CarPlay déjà présent dans des millions de voitures.
Traduction: Apple injecte de l’IA “par alliance” pour rester pertinent, sans lâcher son architecture.
Ce que cela change pour l’utilisateur… et pour l’électromobiliste ⚡
Même sans contrôle système, un chatbot dans CarPlay débloque des usages concrets. En voiture électrique, l’intérêt est tangible.
- Planification de trajets complexes
- Demander: “Propose un itinéraire Paris–Turin avec deux arrêts de 20–25 minutes max, bornes ≥150 kW, et évite les péages suisses.”
- L’IA peut comparer des scénarios, intégrer météo et dénivelé dans ses conseils, et “penser à voix haute” pour expliquer ses choix.
- Limite: sans accès au SOC ni aux API véhicule, l’assistant estime — il n’exécute pas. Il vous renvoie vers la navigation choisie (Plans, Waze) et vers des apps de recharge.
- Recharge plus maligne, moins subie
- “Trouve la prochaine station >200 kW avec au moins 4 points libres, prix au kWh affiché, café à proximité.”
- Pendant l’attente: résumer des articles, trier vos messages, préparer l’étape suivante. Un vrai gain de temps à chaque stop.
- Divertissement et productivité pendant la charge 🔌
- Résumés de podcasts, de mails, préparation d’un itinéraire rando à l’arrivée, lecture d’actus personnalisée, jeux vocaux pour les enfants… L’IA devient le compagnon de la demi‑heure branchée.
- Aide contextuelle “au fil du trajet”
- “Quelles limitations locales sur cette départementale humide ?”
- “Quel est l’impact de 130 km/h vs 120 km/h sur l’autonomie restante compte tenu du vent latéral annoncé ?”
- Utile, à condition de ne pas confondre conseil et vérité absolue: l’IA reste faillible.
💡 Astuce VE
- Associez le chatbot à une app de planification EV (A Better Routeplanner, alternatives opérateurs) et à la navigation habituelle: l’IA compare et commente, la navigation exécute.
Les limites structurelles à garder en tête
- Pas d’accès véhicule = pas d’automatisation profonde
- Pas de lecture native du SOC, pas d’activation d’un pré-conditionnement batterie, pas de lancement automatique d’une charge planifiée. Cela reste le domaine des systèmes constructeurs ou d’intégrations spécifiques (Apple Plans EV, limité à quelques modèles).
- Friction d’usage
- Il faut toucher l’icône de l’app IA pour parler. C’est mineur… mais ce n’est pas “Dis Siri”.
- Risque de “hallucinations”
- Une IA peut proposer une borne en maintenance, confondre tarifs ou disponibilité. Il faut recouper avec les apps spécialisées.
- Confidentialité et souveraineté des données
- Une partie des requêtes part vers des serveurs tiers (OpenAI, Google, Anthropic). Apple encadre, mais l’utilisateur doit accepter ce modèle.
- Couverture réseau
- Pas de data, pas de chatbot. Dans les zones blanches, la belle promesse retombe.
🔎 Sécurité routière
- Les assistants vocaux réduisent l’interaction écran, mais ne suppriment pas la charge cognitive. En France, l’obligation de maîtrise du véhicule reste entière: gardez les requêtes simples, brèves, et privilégiez l’usage… à l’arrêt.
“La fin” des systèmes embarqués des constructeurs ? Probablement pas.
Les cockpits propriétaires gardent trois atouts majeurs:
- Intégration profonde véhicule
- Commandes de climatisation, sièges, ouvrants, modes de conduite, gestion fine de la charge et du thermique batterie: c’est leur terrain, pas celui de CarPlay.
- Contexte riche et fiable
- Accès direct capteurs, télémétrie, données HV et basse tension, diagnostic. Les assistants natifs exploitent une vérité terrain que les chatbots généralistes n’ont pas.
- Continuité HMI/UX
- Pas d’aller‑retour entre apps et cadres: la logique de l’interface reste la même, voix et écran travaillent ensemble.
En réalité, l’ouverture de CarPlay pousse surtout:
- Les constructeurs à accélérer leur propre assistant (voire à le “brancher” à Gemini/ChatGPT sous le capot).
- Apple à faire de Siri un méta‑chef d’orchestre orchestrant des “agents” tiers, sans abandonner le gouvernail.
CarPlay vs Android et offres natives: le match IA
- CarPlay (nouvelle ère)
- Grande variété d’IA, qualité de raisonnement, scénarisation de trajets.
- – Pas d’accès profond véhicule, pas “au bouton volant”, latence possible, dépendance cloud.
- Android Auto / Android Automotive
- Google Assistant/Gemini progresse, avec résumés et compréhension contextuelle; sur Automotive (Google intégré), l’accès système peut être plus riche selon marques.
- – Fragmentation selon constructeurs, politiques d’accès inégales.
- Systèmes propriétaires (MBUX, BMW, Tesla, Renault/Stellantis avec ChatGPT)
- Accès complet aux fonctions, contexte véhicule, actions immédiates (charge, clim, aides).
- – Écosystème plus fermé, dépendant du rythme logiciel du constructeur.
Impacts pour l’écosystème de la recharge
- Découverte et recommandation
- Les assistants peuvent devenir l’interface de découverte universelle: critères multi‑contraintes (puissance, coût, affluence, services) énoncés en langage naturel.
- Transparence des prix et files d’attente
- Si les opérateurs exposent mieux leurs données en temps réel, les IA feront émerger la concurrence… et sanctionneront les réseaux opaques.
- Nouveaux partenariats
- Opérateurs de recharge et apps EV ont intérêt à publier des API “IA‑friendly” (tarifs dynamiques, indisponibilités, occupation en temps réel).
📢 Point de vigilance
- Tant que l’assistant ne lit pas le SOC ni la température batterie, les “promesses à la minute” resteront approximatives. L’intégration native constructeur garde de l’avance pour fiabiliser l’ETA d’arrivée et la durée d’arrêt.
Ce qu’Apple ne dit pas encore (et qui fera toute la différence)
- Profondeur d’intégration CarPlay autorisée pour les apps IA
- Lecture notification, transfert fluide vers navigation, interactions avec la musique: jusqu’où iOS/CarPlay laissera‑t‑il agir ?
- Modèle économique
- Certaines IA sont freemium/abonnement. Qui paie, et pour quel niveau de latence/qualité au volant ?
- Gouvernance de la sécurité
- Quelles exigences de certification “drive‑safe” pour ces apps ? Quelle responsabilité en cas de conseil erroné ?
Conseils pratiques avant d’adopter un copilote IA en VE
- Préparez vos “prompts type”
- Ex.: “Planifie X→Y avec 2 arrêts ≤20 min, bornes ≥150 kW, budget au kWh optimisé, cafés kids‑friendly.”
- Couplez IA + app EV spécialisée
- Utilisez l’IA pour cadrer et comparer, l’app EV pour exécuter et surveiller en temps réel.
- Vérifiez avant de valider
- Tarif, statut de la borne, accès (badge/app), heures d’ouverture: un coup d’œil final évite les mauvaises surprises.
- Restez sobres en conduite
- Une ou deux requêtes vocales courtes; le reste pendant la charge.
En filigrane, cette ouverture de CarPlay n’enterre pas les systèmes propriétaires: elle rebat les cartes du “qui fait quoi” dans l’habitacle. Les constructeurs gardent la profondeur. Apple offre la plasticité. Et l’électromobiliste, lui, gagne un vrai compagnon de route pour mieux planifier… à condition d’accepter quelques limites — et de garder les mains sur le volant.
