En bref:
- L’administration américaine a annulé l’Endangerment Finding et supprimé les crédits « off‑cycle » (dont l’avantage pour le Start & Stop), envoyant un signal pro‑thermique qui peut ralentir l’accélération EV aux États‑Unis tout en restant contesté juridiquement et partiellement contourné par des États comme la Californie.
- Pour les constructeurs européens, cela crée une fracture réglementaire transatlantique : nécessité de plateformes multi‑énergie, calibrations duales et ajustements industriels face aux tarifs US, sans remise en cause immédiate de la trajectoire européenne d’électrification.
L’administration Trump a frappé au cœur des politiques climatiques fédérales: en abrogeant l’Endangerment Finding (le fondement juridique des normes CO₂) et en supprimant les crédits “off-cycle” qui bonifiaient des technologies comme le Start & Stop, Washington rebat les cartes pour l’automobile. Effet d’annonce ou véritable tournant industriel ? Et surtout, que cela implique-t-il pour les constructeurs européens qui ont massivement investi dans l’électrification ?
Dans un contexte déjà tendu par les hausses de droits de douane sur les véhicules européens, ce virage américain installe une fracture réglementaire transatlantique qui complique la planification produit, les chaînes d’approvisionnement et les arbitrages d’investissements des groupes mondiaux.
Ce qui change réellement aux États-Unis
- Fin du socle CO₂: l’EPA a annoncé le 12 février 2026 la suppression de l’Endangerment Finding (adopté en 2009), qui donnait à l’agence le pouvoir de réguler les émissions de gaz à effet de serre des véhicules. Les normes pour les polluants “de critères” (NOx, particules, toxiques) demeurent.
- Crédits “off-cycle” supprimés: plus d’avantage réglementaire pour des technologies d’efficience comme le Start & Stop. Précision importante: ce système n’a jamais été légalement obligatoire aux États-Unis; il était encouragé par bonus de conformité.
- Narratif économique offensif: la Maison-Blanche promet des voitures moins chères et avance des économies pouvant aller jusqu’à environ 2 400 $ par véhicule (et jusqu’à 1 300 Md$ au total). Des chiffres contestés et susceptibles d’être révisés par les tribunaux.
- Incertitude persistante: l’abrogation sera contestée en justice. Par ailleurs, une quinzaine d’États menés par la Californie (près d’un tiers du marché) peuvent maintenir des standards plus stricts — un point potentiellement litigieux dans le nouveau cadre.
📌 À retenir
- Le Start & Stop n’est pas interdit aux États-Unis, il perd son bonus réglementaire.
- Les effets industriels seront graduels: plateformes mondiales, export vers l’Europe et micro-hybridation 48 V limitent les retraits techniques immédiats.
- L’onde de choc vient autant du signal politique que des règles elles-mêmes.
Le cas Start & Stop, au-delà du symbole
- Efficacité mesurée: en usage urbain, le Start & Stop réduit typiquement la consommation de 5 à 10% selon les référentiels d’homologation européens, avec des bénéfices locaux (bruit, émissions à l’arrêt).
- Une brique des micro-hybrides: sur les architectures 12/48 V, l’arrêt/redémarrage est intégré dans la gestion moteur. Retirer la fonction pour le seul marché US peut coûter cher et fragmenter les chaînes.
- Europe: le dispositif est courant mais contesté par des automobilistes; il deviendra de toute façon marginal au fil de l’électrification et de la montée des hybrides “pleins”.
💡 Conseil d’expert
Pour les modèles produits aux États-Unis et exportés (BMW Spartanburg: X3 à X7; Mercedes Tuscaloosa: GLE/GLS; VW Chattanooga: Atlas/ID.4), la logique industrielle plaide pour conserver des calibrations proches entre zones, quitte à rendre la fonction optionnelle côté US.
L’effet domino sur les stratégies produits
- États-Unis: plusieurs constructeurs américains saluent la déréglementation et y voient un assouplissement de coûts. Ils avaient déjà infléchi leurs cadences EV depuis 2024-2025; le nouveau cadre peut prolonger ce rééquilibrage au profit des thermiques et des hybrides légers.
- Europe: les objectifs climatiques restent plus exigeants, même si l’horizon 2035 a été récemment assoupli. Les gammes doivent continuer à baisser leurs émissions moyennes, sous peine de pénalités.
- Stellantis illustre la bascule: relance de diesels sur utilitaires et compactes en Europe, maintien d’un plan d’électrification, retour de thermiques iconiques aux États-Unis. D’autres (Ford, Volvo, GM) ont eux aussi ajusté leurs ambitions EV.
📊 Chiffres clés
- Coalition “Californie + États alliés”: ~1/3 du marché US.
- Gain urbain Start & Stop: 5 à 10% de conso selon tests EU.
- Économies avancées par Washington: jusqu’à ~2 400 $/véhicule; contestées juridiquement.
- Droits de douane US sur véhicules européens: relevés jusqu’à 25% à l’import, nouvelle pression sur les volumes et l’emploi en Europe.
Europe: double pression, double contrainte
- Fracture réglementaire: assouplissement US vs cap européen sur le CO₂. Les plateformes globales doivent composer avec des exigences divergentes.
- Front commercial: la hausse des droits de douane US sur les véhicules européens (jusqu’à 25%) pèse plus immédiatement sur la compétitivité que la seule déréglementation américaine. La France est moins exposée (faible volume exports US) que l’Allemagne, l’Italie ou la Suède.
- Réactions européennes: peu de prises de position directes sur la déréglementation US; les groupes s’inquiètent surtout des tarifs et de la visibilité réglementaire.
✅ Ce que cela implique pour les constructeurs européens
- Accélérer les plateformes multi-énergie et les chaînes d’assemblage flexibles.
- Sécuriser des “calibrations duales” (États stricteurs/États assouplis) à coût marginal limité.
- Prioriser les segments et motorisations où l’avantage réglementaire ou fiscal européen reste fort (hybrides, PHEV efficaces, BEV à coût contenu).
- Recalibrer les plans d’industrialisation US (local content, configurations spécifiques) pour amortir l’effet tarifs.
Start & Stop en France: statu quo… et disparition programmée
- Pas d’alignement attendu sur la ligne américaine: l’Europe n’envisage pas de “dé-bonifier” le Start & Stop. De toute manière, l’outil devient accessoire avec la montée des hybrides et l’arrivée massive des BEV.
- Dans les usages: si la fonction peut agacer, elle reste pertinente en trafic dense; sa présence dans les micro-hybrides 48 V la rend structurelle d’ici la bascule totale vers des chaînes électrifiées.
📢 Bon à savoir
- Les critiques politiques US ciblent un dispositif jugé intrusif; en Europe, le débat porte davantage sur l’efficacité réelle (souvent modeste sur route) et l’agrément. La valeur d’usage reste nettement urbaine.
Les trois scénarios à surveiller d’ici 2027
- Désalignement durable US/UE
- Prolongation de la déréglementation US, maintien d’États stricteurs.
- Effets: lignes produits duales, hausse des coûts d’ingénierie, arbitrages EV retardés côté US.
- Re-normalisation partielle
- Revirements judiciaires et politiques limitent l’ampleur de l’abrogation; convergences techniques réapparaissent.
- Effets: consolidation de plateformes mondiales avec variantes limitées.
- Fragmentation accrue + guerre commerciale
- Standards divergents et tarifs élevés des deux côtés.
- Effets: relocalisations accélérées, réduction des volumes exportés UE→US, pression sur l’emploi européen.
🔎 Indicateurs de marché à suivre
- Part des États alignés sur la Californie dans les ventes réelles.
- Calendriers produits (reports/cancellations) des pick-up/hybrides/BEV US.
- Décisions tarifaires et content local (IRA, équivalents) vs Europe.
- Coûts batterie/kWh et disponibilité des matières premières.
Et pour l’automobiliste européen ?
- À court terme: peu de changement visible. Les start & stop et micro-hybrides restent la norme sur thermiques; les offres hybrides/électriques continueront de dominer les communications produit.
- À moyen terme: un possible ralentissement de la baisse de prix des BEV si volumes mondiaux s’ajustent et si la chaîne batterie reste tendue. À l’inverse, maintien de thermiques/hybrides compétitifs dans certaines catégories (utilitaires, gros rouleurs).
- À long terme: l’avantage réglementaire européen maintient la trajectoire d’électrification. L’écart avec les États-Unis pourrait simplement rendre la transition plus coûteuse à orchestrer côté industriels.
En creux, derrière le “coup de frein” américain, se dessine moins un retour triomphal du thermique qu’un monde fragmenté où les constructeurs optimiseront au plus près chaque marché. Pour l’Europe, l’enjeu n’est pas de copier Washington, mais de garder le cap tout en fiabilisant les coûts et la compétitivité de ses filières électrifiées.
