En bref:
- Euro 5+ et la fin des moteurs thermiques ont précipité la mutation: Bellier stoppe la production tandis que seuls les acteurs à grande échelle peuvent électrifier à bas coût.
- Les micro‑citadines M1 électriques bon marché (Twingo 4, Smart #2, ë‑C3, Spring…) menacent les ventes adultes de VSP grâce à une sécurité/usage supérieurs et des aides qui font baisser le prix réel.
- La VSP survit mais se replie sur son cœur (hyper‑urbain et 14–17 ans) ; la compétition se joue désormais entre économies d’échelle industrielles et cadre réglementaire.
Le symbole est fort. Tandis que Bellier, pionnier et petit nom historique de la voiture sans permis (VSP), met fin à la production de voiturettes, Renault prépare une Twingo 4 100 % électrique à prix serré pour le printemps 2026, et Smart finalise sa #2. Entre poussée réglementaire, bascule technologique et offensive tarifaire des grands groupes, la ligne de partage bouge. La VSP est‑elle en train d’être débordée par une nouvelle génération de micro‑citadines électriques ?
Un marché « en forme »… mais à deux vitesses
- En 2025, la France a frôlé les 25 000 immatriculations de VSP, avec 23 223 unités sur 11 mois. Un volume robuste en apparence.
- Dans le détail, le leadership s’est déplacé vers les Citroën Ami (légère baisse) et Fiat Topolino (en hausse), tandis que les spécialistes historiques ont dévissé: Aixam en recul, Ligier/Microcar en forte chute, Chatenet et Casalini à la peine. Bellier, lui, a disparu des radars commerciaux.
- Le marché est donc porté par les électriques « simples » des grands groupes plus que par les diesel et micro‑séries des artisans du secteur.
📌 À retenir
- Les volumes tiennent grâce aux Ami/Topolino.
- Les marques historiques souffrent d’un double choc: concurrence industrielle + contrainte réglementaire.
Euro 5+ : le coup de massue sur les VSP thermiques
Au 1er janvier 2025, l’entrée en vigueur d’Euro 5+ pour la catégorie L (quadricycles) a scellé le sort de nombreux petits moteurs diesel utilisés par les VSP. La Bellier B8, par exemple, n’a pas trouvé de groupe motopropulseur compatible. Résultat: accélération forcée vers l’électrique… que seuls les acteurs dotés d’échelle industrielle maîtrisent à bas coût.
« Euro 5+ a été un révélateur. Le thermique de niche n’a plus de voie économique viable sur la VSP. »
L’irruption par le haut: Twingo 4, Smart #2 et consorts
Renault et Smart arrivent avec des micro‑citadines 100 % électriques du segment M1 (véritables voitures) et une promesse forte: un coût total d’usage contenu, une sécurité bien supérieure, une polyvalence routière nettement meilleure que celle d’une VSP.
- Renault Twingo 4 (printemps 2026): base AmpR Small raccourcie, conception « frugale » et délai de développement record. Objectif prix annoncé: sous la barre psychologique des 25 000 € avant aides.
- Smart #2 (2026): retour à l’ADN de micro-citadine, prototypes en test.
- Contexte concurrentiel: Citroën ë‑C3 (dès 19 900 €), Dacia Spring nouvelle génération (~16 900 €), d’autres mini/ci‑tadines à moins de 25 000 € annoncées.
Le message est clair: des « petites vraies voitures » électriques à prix agressif, capables d’absorber le quotidien urbain et périurbain sans les limites des VSP.
VSP vs micro‑citadines électriques: ce qui change vraiment
| Critère | VSP électrique (L6e/L7e) | Micro‑citadine électrique (M1: Twingo 4, Smart #2, ë‑C3…) |
|---|---|---|
| Âge minimum | 14 ans (L6e), 16 ans (L7e) | 18 ans |
| Permis | AM/BSR (L6e) | Permis B |
| Vitesse/accès | 45 km/h (L6e), interdite voies rapides/autoroutes | Accès voies rapides/autoroutes (selon véhicule) |
| Sécurité | Structure et ADAS limités | Airbags, ESP, ADAS complets |
| Usage type | Hyper‑urbain, ado, mobilité contrainte | Urbain + périurbain, polyvalence quotidienne |
Conclusion terrain: les micro‑citadines M1 ne remplacent pas la VSP des 14–17 ans. En revanche, elles peuvent aspirer une partie des adultes qui achetaient une VSP par contrainte (permis non obtenu, réticence à l’autoroute, usage urbain exclusif) et surtout cannibaliser les quadricycles « lourds » électriques (L7e) plus chers et sans avantage routier.
Le nerf de la guerre: prix d’achat et aides 2026
- Objectifs prix constructeur:
- Twingo 4: < 25 000 € visés (avant aides).
- Smart #2: positionnement attendu « cœur de marché A‑segment » (à préciser).
- Spring/ë‑C3: 16 900 € à 19 900 € annoncés.
- Aides 2026 en France (véhicules neufs BEV éligibles au score environnemental):
- « Coup de pouce véhicules particuliers électriques »: 3 500 à 5 700 € selon le revenu.
- Surprime « batterie européenne »: jusqu’à ~2 000 € si véhicule et batterie produits en Europe.
- Éligibilité conditionnée au score environnemental (production/transport). Les modèles fabriqués hors Europe peuvent être exclus.
Exemple indicatif pour une micro‑citadine européenne: un ménage modeste (RFR/part 16 301–26 300 €) peut viser ~4 700 € d’aide, voire + surprime si batterie européenne. De quoi passer sous la barre « psychologique » des 20 000 € sur certains modèles.
ℹ️ Bon à savoir
Les VSP (quadricycles) suivent un autre régime: elles ne bénéficient pas des mêmes aides que les voitures particulières M1 et ne peuvent pas s’appuyer sur l’“effet bonus” pour compenser un prix catalogue élevé.
Coût d’usage: l’électrique favorise les « vraies voitures » compactes
- Consommation typique:
- Micro‑citadine M1: 12–15 kWh/100 km → 2,5–3,5 €/100 km (tarif résidentiel indicatif).
- VSP électrique: 7–9 kWh/100 km → 1,5–2,5 €/100 km.
- Assurance:
- VSP: souvent 20–40 €/mois.
- Micro‑citadine: 40–70 €/mois (variables selon profil/ville).
- Entretien:
- Électrique = faible usure (freinage régénératif), révisions limitées.
- VSP: pneus/freins/éléments de carrosserie s’usent vite en usage urbain intensif.
Au global, l’écart d’énergie joue peu; la différence se fait sur la polyvalence au quotidien (accès voies rapides, sécurité) pour un coût total d’usage qui peut rester compétitif grâce aux aides, surtout pour les modèles assemblés en Europe.
Pourquoi les « historiques » décrochent
- Échelle industrielle: la batterie et l’électronique pèsent lourd; seuls les volumes tirent les coûts vers le bas.
- Distribution/financement: les banques captives des grands groupes proposent LLD/LOA attractives; la mensualité devient l’arbitre.
- Image et sécurité: ADAS, crash-tests, équipements de confort (clim, multimédia) rendent les micro‑citadines plus désirables pour un public adulte.
- Réglementation: Euro 5+ a tari l’offre thermique VSP; le passage à l’électrique sans base industrielle, ni plateforme mutualisée, est douloureux.
Et demain: une frontière réglementaire plus nette
- Contrôle technique des quadricycles instauré depuis 2024: montée en exigences de sécurité/entretien pour les VSP.
- Vers une nouvelle catégorie M1E (projet européen): règles adaptées aux petites voitures 100 % électriques (< 4,2 m). Si elle se concrétise, elle pourrait favoriser davantage les micro‑citadines M1, en consolidant leur cadre d’homologation et d’équipements.
💡 Conseil d’expert
- Ados/parents: une VSP L6e reste la seule option légale dès 14 ans.
- Jeunes actifs en ville/péri‑urbain: une micro‑citadine M1 électrique éligible aux aides offre un meilleur compromis sécurité/usage, surtout si votre trajet comprend des voies rapides.
- Flottes urbaines: la bascule vers des M1 électriques « low‑cost » est rationnelle pour la sécurité et la valeur résiduelle; gardez des VSP pour des cas d’usage hyper‑locaux.
Le cas Bellier, un tournant plus qu’une fin de cycle
La fin des voiturettes Bellier n’enterre pas la VSP, mais acte la fin d’un modèle industriel: celui des micro‑séries thermiques sous contraintes d’émissions. Le marché se recompose autour de deux pôles clairs:
- VSP électriques simples, dominées par les grands groupes capables de produire à bas coût (Ami/Topolino), pour l’hyper‑urbain et les 14–17 ans.
- Micro‑citadines M1 électriques mieux équipées (Twingo 4, Smart #2, ë‑C3, Spring…), tirées par les aides et la demande de polyvalence.
En 2026, la VSP n’est pas « disruptée » au sens strict: elle se replie sur son cœur d’usage légal et social. La disruption, elle, s’opère surtout sur les mobilités d’entrée de gamme des adultes, où les « petites vraies voitures » électriques prennent l’ascendant.
