Incendies de voitures hybrides : le risque est-il (vraiment) sous-estimé face aux 100% électriques ?

En bref:

  • Les hybrides rechargeables cumulent réservoir/carburant et batterie haute tension, d’où des scénarios d’incendie différents (propagation, reprises, interventions longues) malgré une batterie plus petite.
  • Les incidents et rappels récents montrent que le risque est « différent » plutôt que strictement moindre ; respecter les consignes constructeur et les signaux d’alerte (fumée, odeurs, messages) est crucial.

Les voitures hybrides – et surtout les hybrides rechargeables (PHEV) – ont longtemps été perçues comme un compromis « rassurant » : un peu d’électrique, un peu de thermique, donc moins de risques qu’une voiture à grosse batterie… Sur le papier, l’idée semble logique. Sur le terrain, la séquence d’alertes, de témoignages et de campagnes de rappel rappelle une réalité plus nuancée : une hybride cumule deux systèmes énergétiques et donc, potentiellement, deux familles de scénarios d’incendie.

Depuis plusieurs mois, des faits divers très médiatisés et des rappels significatifs remettent la question sur la table. Pas pour céder à la panique – statistiquement, un incendie automobile reste rare – mais pour comprendre se situent les points de fragilité, comment ils diffèrent d’un VE, et ce que l’on peut faire en tant qu’usager.


Ce que racontent les incidents récents : des départs de feu parfois « sans raison apparente »

Un reportage de France Télévisions (retranscrit par franceinfo, publié mi-février 2026) décrit plusieurs cas d’incendies sur des hybrides rechargeables, dont une Citroën PHEV partie en fumée en septembre 2025 à Nomeny (Meurthe-et-Moselle) alors qu’elle n’était pas branchée et était stationnée depuis des heures. Les pompiers auraient mis plus de deux heures à maîtriser le feu, avec une suspicion portée sur la batterie haute tension située sous la banquette arrière. Le propriétaire dit avoir reçu ensuite un courrier demandant de ne plus recharger et de ramener le véhicule — trop tard dans son cas.

Autre cas évoqué : une Renault hybride rechargeable neuve (quatre mois) qui aurait commencé à fumer avant que l’incendie n’endommage une partie de la maison. Renault, interrogé, n’avance pas de piste tant que l’auto n’a pas été expertisée (le couple demandant une expertise judiciaire indépendante).

À retenir : ces récits ne prouvent pas une causalité unique (batterie, câblage, chargeur embarqué, carburant, etc.), mais ils soulignent une chose : les scénarios « à l’arrêt » existent, y compris sans recharge en cours.


Hybride vs électrique : pourquoi la comparaison est si souvent biaisée

1) Une hybride additionne les sources d’énergie… et les points chauds

Une voiture hybride, c’est :

  • un réservoir de carburant + un système d’injection + un circuit d’échappement catalysé,
  • une batterie haute tension (Li-ion le plus souvent sur les PHEV) + électronique de puissance,
  • des faisceaux, contacteurs, convertisseurs, et un BMS (Battery Management System).

Sur un VE, vous supprimez tout un pan « carburant/échappement », mais vous augmentez généralement la taille du pack et la puissance de charge. Sur une hybride rechargeable, vous avez les deux mondes — et une architecture souvent plus contrainte (intégration du pack, refroidissement, cohabitation des flux thermiques).

2) Les chiffres choc existent… mais ils demandent de la prudence

Le reportage cite un comparateur d’assurance américain (souvent repris depuis 2022) indiquant, pour 100 000 véhicules, environ :

  • 3 474 incendies sur les hybrides,
  • 1 530 sur les thermiques,
  • 25 sur les électriques.

Ces valeurs circulent largement, et elles ont contribué à retourner l’idée reçue « le VE brûle plus ». Mais elles doivent être lues avec un esprit critique :

  • elles dépendent de définitions (incendies déclarés, causes, gravité),
  • de l’exposition (âge du parc, usage, entretien),
  • et du fait qu’aux États-Unis, le parc hybride/thermique est plus ancien que le parc VE, ce qui influence la probabilité d’incidents.

📌 Info Box – Le vrai angle utile
Plutôt que de chercher un classement simpliste, l’enjeu est de comprendre que le risque n’est pas “plus” ou “moins”, il est “différent” : causes, cinétique, moyens d’extinction, risques de reprise, toxicité des fumées, etc.


Les causes techniques plausibles : pourquoi les PHEV peuvent être « plus délicates » qu’on ne l’imagine

Aucune explication unique ne couvre tous les cas, mais plusieurs facteurs reviennent dans l’analyse technique et les retours d’expérience (recyclage, secours, campagnes de rappel).

1) Une petite batterie… mais très sollicitée

Un point intéressant relevé dans le reportage : sur une hybride rechargeable, la batterie est 5 à 10 fois plus petite que sur beaucoup de VE, tout en devant parfois fournir des puissances élevées (accélérations, régénération, roulage EV).
Conséquence possible : à défaut de conception ou de contrôle qualité, la marge de sécurité peut être plus tendue, et un problème isolé (cellule, module, isolant) peut avoir des effets disproportionnés.

2) L’emballement thermique : le scénario batterie qui change la donne

Comme sur un VE, une cellule Li-ion peut entrer en emballement thermique : une réaction auto-entretenue qui peut se propager de cellule en cellule, avec dégagement de chaleur, gaz et fumées.
Ce qui est redouté par les secours, c’est :

  • la propagation interne au pack,
  • la difficulté à refroidir en profondeur,
  • et les reprises de feu.

3) La cohabitation électrique/thermique : un enchaînement d’événements plus complexe

Sur une hybride, un départ de feu peut impliquer :

  • un court-circuit HV/12 V,
  • une surchauffe d’un module (ou d’un capteur),
  • une défaillance de gestion (BMS),
  • et, en cas de propagation, une atteinte possible aux éléments thermiques (durites, réservoir, isolants).

Sans dire que « l’hybride est plus dangereuse par nature », on peut dire qu’elle est plus complexe à diagnostiquer : le même symptôme (fumée) peut venir de causes très différentes.


Rappels récents : quand les constructeurs reconnaissent un risque « incendie » potentiel

Les rappels ne signifient pas que toutes les voitures concernées brûleront, mais ils indiquent qu’un scénario a été identifié comme suffisamment sérieux pour justifier action et consignes.

Quelques exemples marquants (2025–2026)

Constructeur / groupeModèles (exemples)Problème évoquéMesures typiques
Stellantis (France)Plusieurs PHEV (Peugeot, Citroën, Opel…)Surchauffe potentielle de batterie (selon les cas : modules, BMS, pack)Passage atelier, mise à jour, contrôle/remplacement, consignes de charge/parking selon campagne
Jeep (USA / Am. du Nord)Wrangler 4xe, Grand Cherokee 4xeDéfaut interne pouvant mener à surchauffe/incendieConsignes de ne plus recharger et de stationner à l’extérieur en attendant réparation (selon campagnes)
Audi / Volkswagen (monde)Plusieurs PHEV (Touareg eHybrid, Q5/Q7/Q8/A6/A7/A8 TFSI e…)Risque lié à la batterie haute tension (surchauffe, gestion, etc.)Mise à jour logicielle / contrôle modules selon campagne

Bon à savoir
Sur plusieurs campagnes, on retrouve la même logique : software (BMS) + contrôle matériel. Le logiciel peut mieux détecter un module faible, limiter certaines phases (charge/régénération), mais ne remplace pas un correctif matériel si une série de cellules ou de modules est en cause.


Interventions des pompiers : l’hybride cumule des contraintes opérationnelles

Des guides opérationnels (SDIS, organismes de prévention, documents techniques) distinguent clairement les réflexes face à un VE/PHEV : sécuriser, isoler, refroidir, surveiller. Quelques éléments reviennent souvent :

  • Périmètre de sécurité pouvant atteindre 100 m selon les situations (fumées/gaz, risques de projection, environnement).
  • Besoin de refroidissement prolongé du pack (caméra thermique, surveillance).
  • Risque de ré-allumage (parfois longtemps après).
  • Pour les feux impliquant la batterie, des besoins en eau très supérieurs à un feu « classique » de compartiment moteur (les ordres de grandeur varient selon les sources et l’accès au pack).

Et spécificité hybride : les secours doivent gérer le pack HV et un possible feu alimenté par le carburant, dont la cinétique est différente (montée en puissance plus rapide, mais extinction souvent plus « classique » une fois l’alimentation coupée).


Le “paradoxe hybride” : une réputation de sûreté… qui peut retarder la prise de conscience

Pourquoi l’hybride a-t-elle été longtemps perçue comme plus sûre ?

  • parce que sa batterie est plus petite,
  • parce qu’elle ressemble à une thermique,
  • parce que l’imaginaire collectif associe « incendie » à « batterie de VE ».

Mais en pratique, une hybride rechargeable est un objet technique sophistiqué. Et le risque le plus sous-estimé est peut-être celui-ci : l’utilisateur pense acheter de la simplicité, alors qu’il achète souvent de la complexité (charge, thermique, électronique de puissance, refroidissement, mises à jour, etc.).

« Le risque n’est pas forcément plus élevé : il est parfois moins visible, et plus multifactoriel. »


Conseils concrets pour les conducteurs d’hybrides (sans psychose)

Signaux faibles à ne pas ignorer

  • odeur de plastique/solvant, fumée, crépitements,
  • messages d’alerte batterie/charge,
  • comportement anormal en recharge (arrêts répétés, ventilation excessive),
  • traces de choc sous plancher (trottoir, objet sur la route).

Bonnes pratiques de charge et de stationnement

  • privilégier une prise/borne conforme et en bon état (câble non pincé, pas de multiprise),
  • éviter de recharger juste après un choc ou un passage violent sous caisse,
  • si rappel ou consigne constructeur : respecter strictement (ne plus charger, stationner dehors, etc.).

En cas de fumée ou départ de feu

  1. Évacuer immédiatement, s’éloigner.
  2. Appeler les secours (18 / 112).
  3. Ne pas tenter de jouer les héros : sur un feu de batterie, l’extinction « domestique » est rarement réaliste.

Vers des normes plus strictes : l’exemple chinois pourrait peser sur les PHEV

À l’horizon 1er juillet 2026, la Chine met en œuvre une exigence de type “No Fire, No Explosion” (norme GB 38031 dans sa version la plus récente selon les sources), visant à durcir radicalement les tests et performances sécurité des batteries. Même si le texte est centré sur l’électrification, il est susceptible d’impacter directement les hybrides rechargeables, qui utilisent des packs Li-ion proches de ceux des VE.

Pour l’industrie, cela pousse vers :

  • une meilleure isolation thermique et anti-propagation,
  • des BMS plus réactifs,
  • des chimies et designs réduisant l’inflammabilité,
  • des validations plus sévères (chocs, surcharge, courts-circuits, etc.).

Un incendie de voiture reste un événement rare, mais l’actualité rappelle que l’hybride – surtout rechargeable – n’est pas une « zone de confort » automatique face au risque. Entre cohabitation des systèmes, complexité de diagnostic et campagnes de rappel, la question n’est plus de savoir quelle techno « brûle le plus » en slogan, mais quelles architectures maîtrisent le mieux les scénarios extrêmes — et à quel rythme les normes, les constructeurs et les usages s’adaptent.

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