Incendies d’hybrides, primes en hausse : paie-t-on la « facture technologique » des assureurs ?

En bref:

  • Les primes auto pour VE/HEV/PHEV augmentent en 2025–2026, mais principalement en raison de facteurs macro (fiscalité, inflation des réparations, réassurance, aléas climatiques) ; les incendies de PHEV aggravent la sévérité sur certains modèles mais ne sont pas l’unique cause.
  • Les assureurs segmentent désormais modèle par modèle (clauses HV, réseaux habilités) : côté conducteur, choisir un modèle réparable, vérifier les garanties batterie/assistance HV et comparer les devis réduit le risque de surcoût.

L’actualité a fait monter la tension : rappels de batteries, vidéos d’incendies d’hybrides rechargeables, témoignages chocs. Dans le même temps, les primes d’assurance auto grimpent nettement pour les motorisations électrifiées. Faut-il y voir une causalité directe ? Ou une addition de facteurs qui reconfigurent la tarification du risque automobile en 2025–2026 ?

Enquête, chiffres à l’appui, sur la façon dont les assureurs évaluent ces nouveaux risques et sur ce que cela change, très concrètement, pour les conducteurs de véhicules hybrides et électriques.

Chiffres clés 2025–2026

  • EV tous risques moyen 2025: ≈ 1 125 € (+11 % vs 2024)
  • Hybride tous risques moyen 2025: ≈ 1 178 € (+7 % vs 2024)
  • Tendance 2026 annoncée: +4 à +5 % en moyenne (marché auto)
  • Demandes de devis 2025: +85 % (EV), +113 % (hybrides) vs 2024
  • Rappels batteries: ~16 000 PHEV rappelés en France (Stellantis, fin 2025) pour risque de surchauffe

📌 À retenir

  • Les primes montent, mais pour des raisons multiples (fiscales, techniques, climatiques, réassurance), pas uniquement à cause des incendies.
  • La segmentation par motorisation s’accentue, avec des écarts croissants entre HEV, PHEV et BEV selon les modèles.

Incendies d’hybrides: que sait-on vraiment du risque ?

Des cas marquants ont émaillé 2025, notamment sur des hybrides rechargeables (PHEV), parfois à l’arrêt et non branchés. Des rappels importants ont suivi pour risque de surchauffe de batterie. Côté statistiques, les études solides manquent encore en Europe. Un indicateur souvent cité (issu d’un comparateur américain) avance, par 100 000 véhicules: ~3 474 incendies pour les hybrides, ~1 530 pour les thermiques, ~25 pour les électriques. Méthodologie discutée, mais tendance plausible: le PHEV concentre une complexité double (groupe motopropulseur thermique + batterie de traction), avec une petite batterie plus sollicitée, donc sensible au moindre défaut.

Bon à savoir

  • Le mécanisme redouté est l’emballement thermique: une cellule surchauffe, la réaction se propage entre cellules si la conception/protection ne l’empêche pas.
  • Des normes de protection et d’anti-propagation plus strictes entrent en vigueur, avec obligation de mieux compartimenter et protéger les packs.

Point de méthode

  • Les assureurs tariferont moins à la rumeur qu’à l’expérience sinistre par modèle. Or, la base statistique sur PHEV récents reste encore limitée et en cours de consolidation.

Assurances en hausse: ce qui pèse vraiment dans la prime

Au-delà des incendies, quatre moteurs clés tirent les tarifs à la hausse:

  1. Choc fiscal et réglementaire
  • Fin de l’exonération de TSCA pour les EV en 2025 = hausse mécanique de cotisations.
  • Réassurance plus chère depuis 2023 (inflation, sinistres climatiques), répercutée dans les tarifs.
  1. Inflation du coût de réparation
  • Pièces électroniques, ADAS à recalibrer, carrosseries alu/multi-matériaux, outillage HV: la facture grimpe.
  • Pour EV/PHEV: suspicion de détérioration batterie = risque de véhicule économiquement irréparable (valeur résiduelle vs coût de pack et protocoles HV).
  1. Sinistres climatiques et segmentation géographique
  • Grêle, inondations, événements convectifs: flambée des coûts.
  • Tarifs désormais plus finement « géolocalisés » selon l’exposition aux aléas.
  1. Vols et modèles « sensibles »
  • Certaines références hybrides/électrifiées et SUV connectés figurent haut dans les palmarès de vols.
  • Dispositifs imposés (traqueur, gravage, stationnement sécurisé) pouvant conditionner tarif et acceptation.

💡 Conseil d’expert
La prime, c’est Fréquence x Sévérité. Les EV affichent souvent une fréquence d’accident comparable ou inférieure, mais une sévérité potentiellement plus élevée (réparation coûteuse, immobilisation longue, risque de VEI). Les PHEV combinent risques thermique + HV. Les assureurs chargent la sévérité quand les dossiers coûtent plus cher.

Les assureurs font-ils payer une « prime de risque technologique » ?

Tendance nette: oui, mais pas homogène ni systématique.

  • Hybride non rechargeable (HEV): souvent proche d’une thermique équivalente, avec léger surcoût si pièces/électronique spécifiques.
  • Hybride rechargeable (PHEV): surprime plus fréquente, reflet de la double technologie et d’une sinistralité batteries encore en observation.
  • 100 % électrique (BEV): forte dispersion. Certains modèles bien conçus et bien réparables restent compétitifs; d’autres, coûteux à remettre en état, tirent le tarif vers le haut.

Ce qui change côté compagnies

  • Tarification modèle par modèle (et non plus seulement par motorisation) basée sur l’expérience réelle de sinistre.
  • Clauses spécifiques HV: prise en charge batterie en cas de sinistre accidentel, exclusions des pannes « hors accident » sans option panne méca, procédures de remorquage HV obligatoires.
  • Partenariats avec réseaux habilités HV, et éventuelles exigences sur l’équipement d’atelier.

📢 Citation métier
« La notion de lignes directrices dans les hausses tarifaires du marché existe de moins en moins » notait un cabinet de conseil fin 2025. Traduction: l’époque du « tout le monde +10 % » est révolue; place à l’hyper-segmentation par profil, modèle, territoire.

Corrélation incendies ↔ hausse des primes: prudence sur la causalité

  • Corrélation visible dans l’actualité? Oui: pics médiatiques d’incendies PHEV + primes en hausse.
  • Causalité directe et majeure? Non: le gros de la hausse 2025–2026 provient d’abord de facteurs macro (fiscalité, inflation réparations, climat, réassurance).
  • Effet additionnel: sur certains PHEV/BEV aux dossiers coûteux, les incendies/thermique HV aggravent la sévérité, donc la prime. Mais cela reste un facteur parmi d’autres.

Ce que les automobilistes peuvent faire dès maintenant

  • Choisir le bon modèle

    • Préférer des références au bon « track record » de réparabilité (batterie réparable par modules, disponibilité pièces, réseau HV dense).
    • Vérifier les campagnes correctives/rappels effectués.
  • Négocier le contrat utile

    • Garanties HV: batterie/convertisseur/onduleur clairement couverts en cas de sinistre.
    • Assistance 0 km orientée HV: remorquage adapté, acheminement vers atelier habilité, prise en charge stockage sécurité.
    • Valeur à neuf limitée dans le temps et franchise maîtrisée.
  • Optimiser le tarif

    • Téléma­tique/conduite prudente si proposé, augmentation mesurée de franchise, réduction des options superflues.
    • Anti-vol certifié, stationnement sécurisé, couplage auto+habitation.
    • Comparer au moins 3 devis, à garanties constantes; réviser à chaque renouvellement.

📌 Check-list « contrat HV » (à exiger noir sur blanc)

  • Batterie de traction couverte en dommages tous accidents, plafonds et vétusté précisés.
  • Exclusions pannes « hors accident » explicites (et option panne méca si besoin).
  • Prise en charge câbles/wallbox en cas de sinistre (incendie/vol/dégâts électriques).
  • Réseau de réparateurs habilités HV et délais d’indemnisation.

2026: vers une tarification plus fine… et plus exigeante

  • Normes batteries renforcées: meilleure maîtrise du risque d’emballement = effet modérateur à moyen terme sur la sévérité.
  • Données terrain enrichies: plus d’expérience par modèle => primes ajustées au réel (baisses possibles pour les « bons élèves »).
  • Climat et réassurance: aléa majeur sur le niveau général des tarifs.
  • Segmentation accrue: HEV/PHEV/BEV traités différemment, parfois au sein d’une même gamme, selon leurs résultats sinistres.

En creux, le message des assureurs est clair: la mobilité électrifiée n’est pas « surtaxée » par principe; elle est tarifée au coût constaté. Aux constructeurs d’optimiser la réparabilité et la sécurité HV; aux automobilistes de sécuriser leurs usages et leurs contrats.

En 2026, la hausse des primes reste probable mais plus ciblée: le prix que vous paierez dépendra surtout du modèle choisi, de sa réparabilité HV et de la qualité du contrat que vous aurez négocié, bien plus que des gros titres sur quelques incendies.

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