En bref:
- Tesla cesse la production des Model S/X (T2 2026) pour reconvertir Fremont vers Optimus, robotaxi et IA, marquant un pari risqué de transformation vers la "physical AI".
- Toyota renforce sa domination hybride (HEV/PHEV) et investit pour capter la demande actuelle, misant sur coût d’accès et autonomie sans dépendance à la recharge.
- Ce n’est pas la fin du BEV mais le début d’une phase mixte et pragmatique: coexistence BEV/HEV/PHEV jusqu’à ce que prix, recharge et régulation relancent l’électrique à grande échelle.
L’annonce est symbolique et tonitruante à la fois. Tesla va arrêter la production des Model S et Model X d’ici la fin du deuxième trimestre 2026 et reconvertir Fremont pour fabriquer des robots humanoïdes Optimus et préparer le robotaxi. Au même moment, Toyota consolide son leadership mondial des hybrides et investit massivement pour en produire davantage. Deux trajectoires opposées… et une même question en toile de fond : sommes‑nous entrés dans l’ère post‑“tout électrique” ?
Derrière les slogans, il y a des chiffres, des contraintes industrielles, des usages… et des signaux faibles qui méritent d’être lus avec sang‑froid.
Ce que Tesla change vraiment en 2026
- Fin de production des Model S et Model X au T2 2026. Fremont sera réaffecté à Optimus, avec un objectif évoqué d’1 million de robots/an à terme. “Fin avec les honneurs”, dit Elon Musk.
- Virage “au‑delà de l’auto” assumé: robotaxi (Cybercab sans volant ni pédales), conduite autonome (FSD), IA (investissement annoncé d’environ 2 Md$ dans xAI), capex > 20 Md$ en 2026.
- Indicateurs clés 2025: 1,64 million de véhicules livrés (vs 1,79 M en 2024), bénéfice net trimestriel Q4 en baisse de 61% à 840 M$. Les Model 3/Y pèsent ~97% des livraisons.
- Énergie en hausse: ~12,8 Md$ de revenus (+~26% sur un an), qui deviennent un pilier visible aux côtés de l’auto.
📢 Citation
“Elon Musk: ‘Il est temps de mettre fin aux programmes Model S et X avec les honneurs… Nous entrons dans un futur fondé sur l’autonomie.’”
Bon à savoir
- Les S et X ne disparaissent pas du SAV: Tesla promet pièces et assistance “aussi longtemps que les voitures rouleront”.
- Les volumes S/X étaient devenus marginaux (estimations < 30 000 unités en 2025) au regard du duo 3/Y.
- BYD a ravi en 2025 la couronne du 100% électrique (2,26 M BEV), accentuant la pression prix/marges.
Analyse critique
- La thèse: transformer Tesla d’un constructeur auto en “entreprise de physical AI” à revenus récurrents (logiciel, services de mobilité, énergie).
- Les risques: exécution robotaxi (technique et réglementaire), maturité industrielle d’Optimus (supply chain, usages réels, modèle économique), recentrage gamme (3/Y, Cybertruck) dans un marché plus concurrentiel, et dépendance à un récit technologique encore à prouver à l’échelle.
Ce que Toyota conforte — et pourquoi ça marche (maintenant)
- Stratégie multipiste: hybrides (HEV) en socle, PHEV et hydrogène pour certains usages, BEV ciblés.
- 2025 (USA): plus de 50% des ventes “électrifiées” (HEV/PHEV/BEV/FC), Toyota capte >50% du marché hybride.
- Investissements: +912 M$ sur cinq sites US, montée en cadence batterie et HEV jusqu’en 2028.
- Produit: RAV4 en 2026 majoritairement hybride/PHEV, Prius, Camry Hybrid en locomotives de volume.
Pourquoi ça tient aujourd’hui
- Pouvoir d’achat et taux d’intérêt élevés: l’HEV rassure par son prix d’accès et son autonomie.
- Infrastructures de recharge inégales et anxiété d’autonomie encore présentes sur certains marchés.
- Moindre exposition à la guerre des prix BEV → marges plus résilientes à court terme.
Angle mort potentiel
- Réduction d’émissions: l’HEV est efficace à court terme mais ne suffit pas seul pour atteindre les cibles 2030‑2035.
- Innovation batterie et baisse de coûts BEV (LFP, future sodium‑ion): si l’équation prix des BEV bascule vite, le retard perçu sur l’électrique peut coûter cher.
- Pression réglementaire (Europe 2035) et montée des acteurs chinois sur le BEV accessible.
Tesla vs Toyota: deux paris, deux horizons
| Constructeur | Cap stratégique 2026 | Produit pivot | KPI récents | Principaux risques |
|---|---|---|---|---|
| Tesla | IA/robotique, robotaxi, énergie | FSD, Cybercab, Optimus | 1,64 M livraisons 2025; capex >20 Md$; énergie +~26% | Réglementation AV, usage réel et ROI des robots, concentration de gamme |
| Toyota | Hybride en socle, multipathway | RAV4 Hybrid, Prius, Camry Hybrid | >50% de ventes US électrifiées ; >50% part de marché des hybrides | Accélération BEV mondiale, réglementation, concurrence chinoise à bas coûts |
A‑t‑on atteint un “plafond de verre” pour le 100% électrique ?
- Ralentissement, oui. Repli des livraisons chez plusieurs acteurs en 2025, pression sur les marges, arbitrages consommateurs défavorables au BEV dans certains pays.
- Fin du BEV, non. Les immatriculations restent majoritaires dans la croissance “zéro émission”, les réseaux de charge s’étendent, les chimies LFP se généralisent et tirent les coûts vers le bas. L’UE maintient l’objectif 2035 (hors e‑fuels de niche).
- Phase 2 de la transition: une séquence plus “pragmatique” où coexistent BEV, HEV et PHEV selon usages, pouvoir d’achat et infrastructures, avant une ré‑accélération BEV attendue quand prix, recharge et réglementation convergeront.
📌 À retenir
- Tesla acte la fin d’un chapitre (S/X) pour libérer des moyens vers l’autonomie et les robots — pari audacieux mais à haut risque d’exécution.
- Toyota capitalise sur la demande hybride et sa profitabilité — stratégie protectrice aujourd’hui, mais à surveiller face à l’inflexion coûts BEV/réglementations.
- Le “post‑tout électrique” n’est pas un retour en arrière: c’est une transition en S‑curve avec un palier, pas une marche arrière.
Pour les automobilistes en 2026: quel choix rationnel ?
- Vous chargez à domicile et faites surtout des trajets réguliers: un BEV compact/midsize en LFP reste imbattable en coût d’usage.
- Pas de solution de charge stable, longs trajets fréquents: un hybride (HEV) est un compromis simple et sobre, sans contrainte de prise.
- PHEV: pertinent si vous rechargez réellement tous les jours (sinon, vous cumulez les inconvénients).
- Budget: anticipez des promos “au fil de l’eau” sur certains BEV et une bonne tenue de valeur des HEV très diffusés.
- Tesla S/X: opportunités à saisir en fin de vie industrielle, mais regardez la dispo des pièces et la valeur résiduelle; Tesla assure le SAV, point positif.
- Réseau: vérifiez la compatibilité/accès au réseau de recharge (ouvertures de Superchargeurs à d’autres marques, cartes d’accès, tarifs).
💡 Conseil d’expert
- Scrutez la chimie batterie (LFP vs NMC) et la puissance de charge réelle (10‑80%) plutôt que l’autonomie WLTP brute: ce sont elles qui conditionnent le rythme au quotidien et la fatigue sur longs trajets.
- Tenez compte des mises à jour logicielles… mais ne payez pas des options d’assistance avancée en misant sur une autonomie “prochaine”: achetez pour ce que la voiture fait aujourd’hui.
Ce que cela dit de l’industrie
- Dé‑risquage: gammes rationalisées, capex réalloués, recherche de revenus récurrents (logiciel/énergie).
- Pression chinoise: BYD et consorts imposent un référentiel de coûts qui force l’Occident à se repenser (intégration batterie, LFP, design‑to‑cost).
- Réglementation: cadre clé du tempo (AV, CO2, droits de douane).
- Récit technologique vs réalité opérationnelle: robotaxi et robots peuvent créer énormément de valeur… ou rester une promesse si les verrous ne sautent pas.
En bref, 2026 n’enterre pas le 100% électrique: elle impose une transition plus mêlée, où l’hybride sert de marche intermédiaire pendant que les coûts et les usages BEV rattrapent la promesse. Tesla et Toyota ont choisi deux paris très différents; c’est leur exécution, plus que leur storytelling, qui dira lequel était le plus juste.
