Assurance auto: le nouveau mur invisible de la voiture électrique ?

En bref:

  • Les primes d’assurance des véhicules électriques ont fortement augmenté (+11 % en 2025) et devraient encore croître en 2026 (+4–5 %) en raison du coût des batteries et des technologies embarquées, du poids des VE et de la fin de l’exonération TSCA.
  • Ce surcoût n’est pas systématique : petites citadines, VE d’occasion et profils à faible kilométrage peuvent rester compétitifs en jouant sur les franchises, le stationnement sécurisé, la comparaison d’offres et les options ciblées.

La baisse des prix à l’achat des voitures électriques a fait tomber un premier verrou. Mais un autre se dresse, plus discret et plus tenace: l’assurance. En 2025, les primes ont nettement accéléré pour les véhicules branchés, et 2026 s’annonce à nouveau à la hausse. Faut-il y voir un frein majeur à l’adoption du VE, plus insidieux que l’autonomie ou la recharge ?

Voici l’état des lieux chiffré, les raisons structurelles de la flambée et les pistes concrètes pour ne pas se laisser enfermer par ce “mur” tarifaire.

Les chiffres qui préoccupent (2025 → 2026)

  • Électriques: prime moyenne tous risques à 1 125 € en 2025, en hausse de +11 % sur un an
  • Hybrides: 1 178 € (+7 %)
  • Plus de 90 % des propriétaires de VE/HEV optent pour le tous risques (contre ~55 % pour les thermiques)
  • 2026: nouvelle hausse généralisée des primes attendue de +4 à +5 % (coûts de réparation et sinistres en hausse)
  • Fin de l’exonération de TSCA pour les VE (supprimée en 2025): hausse mécanique des cotisations
  • Forte demande: +85 % de devis pour VE et +113 % pour hybrides en 2025 (effet volume côté assureurs)

📌 Sources: baromètres et données lesfurets.com 2025, France Assureurs, SRA.


Pourquoi l’assurance des VE grimpe plus vite

1) Le coût des réparations… et des technologies embarquées

  • Batterie haute tension: composant très coûteux, diagnostic et procédures de sécurité spécifiques.
  • ADAS, capteurs, radars, caméras: même un choc mineur peut exiger recalibrage et remplacement de pièces onéreuses.
  • Bris de glace: coût en forte hausse sur 2024-2025 (toits vitrés/panoramiques, pare-brises équipés de capteurs).
  • Pièces et main-d’œuvre: prix des pièces encore en progression, réseau de réparateurs habilités encore sous tension dans certaines zones, délais plus longs = frais de véhicule de remplacement.

2) Le poids et la structure des VE

  • Masse supérieure en moyenne: les dommages et l’énergie dissipée en cas de choc peuvent renchérir la remise en état.

3) La fiscalité et le cadre 2026

  • Fin de l’exonération de TSCA pour les 100 % électriques: la cotisation grimpe mécaniquement.
  • Tendance 2026: assureurs prévoient +4 à +5 % supplémentaires en moyenne (tous véhicules), avec un effet “technologies embarquées” plus marqué sur les VE et les modèles récents.

L’assurance, nouveau frein à l’électrique ? Analyse sans œillères

  • Oui, l’assurance peut rogner l’avantage économique du VE, surtout en usage urbain dense, pour des modèles haut de gamme très équipés, ou pour des profils “à risque” (jeunes conducteurs, stationnement en voirie, régions chères).
  • Non, ce n’est pas un mur uniforme: de nombreuses citadines électriques, bien notées en sécurité, conduites par des automobilistes expérimentés, garées en lieu sécurisé et parcourant un kilométrage modéré restent compétitives à assurer.

📌 Disparités fortes:

  • Régions: PACA et Île-de-France restent plus onéreuses; Bretagne parmi les plus abordables.
  • Formule: le tous risques, quasi incontournable sur des VE récentes, augmente mécaniquement la facture.
  • Profil: bonus-malus, usage et stationnement pèsent autant que la motorisation.

Ce que fait (ou prépare) la filière

  • Réparabilité des batteries et des véhicules: la profession pousse à des normes européennes plus strictes de réparabilité et à la promotion des pièces de réemploi pour contenir les coûts.
  • Règlement européen sur les batteries (UE 2023/1542): passeport batterie, traçabilité, exigences de durabilité et de recyclage. Effets possibles à moyen terme: meilleure transparence et filières de réparation/reconditionnement plus matures. Effet prix immédiat sur l’assurance: non démontré à ce stade.
  • Ajustements assureurs: tarification de plus en plus fine selon niveau d’équipement (ADAS), garanties dédiées VE (batterie, recharge, assistance 0 km).

Votre marge de manœuvre: 12 leviers concrets pour payer moins

  1. Comparer à garanties égales: confrontez 3 devis minimum, mêmes franchises, mêmes options, mêmes plafonds.
  2. Ajuster la franchise: augmenter une franchise raisonnablement peut réduire sensiblement la prime.
  3. Alignement usage-kilométrage: formule “au km”/petits rouleurs si vous parcourez peu.
  4. Stationnement sécurisé: garage/parking fermé déclaré au contrat = baisse du risque vol/vandalisme.
  5. Assistance 0 km: évite des facturations lourdes en cas de batterie à plat, limite les coûts indirects.
  6. Options utiles, rien de superflu: véhicule de remplacement, assistance à l’étranger… seulement si pertinents.
  7. Déclarer tous les conducteurs habituels: éviter les mauvaises surprises en cas de sinistre.
  8. Regrouper ses contrats (habitation, PJ): remises de portefeuille fréquentes.
  9. Paiement annuel: souvent un léger avantage par rapport au mensuel.
  10. Sécuriser et tracer: antivols, gravage, télématique (si proposées) peuvent ouvrir des remises.
  11. Pièces de réemploi agréées: privilégier des réparateurs qui les intègrent lorsque c’est possible.
  12. Choisir un modèle raisonné: jantes/pneus, vitrages, capteurs et optiques très coûteux pèsent sur la prime.

💡 Astuce
Lors d’un changement de véhicule, demandez une simulation d’assurance AVANT de signer. Entre deux finitions d’un même modèle, la différence de prime peut dépasser l’écart de consommation.


Check-list à poser à l’assureur (spécial VE)

  • Batterie: quels dommages couverts (choc, surtension, inondation) ? Panne/longévité exclues ? Franchise dédiée ?
  • Recharge: incidents sur borne publique/domicile couverts ? Câble et wallbox assurés (vol/dégradations) et à quels plafonds ?
  • Assistance: remorquage “0 km”, acheminement vers borne/atelier habilité, véhicule relais garanti combien de jours ?
  • Bris de glace: pare-brise avec capteurs/toit vitré bien pris en charge ? Recalibrage ADAS inclus ?
  • Valeur à neuf: durée d’application et conditions en cas de perte totale ?
  • Pièces de réemploi: acceptées/encouragées ? Impact sur la garantie réparation ?
  • Exclusions: recharge non conforme, accessoires non déclarés, préparation/”modifs” électriques ?

Quand l’électrique reste (vraiment) compétitive côté assurance

  • Petite/moyenne citadine, conducteur expérimenté avec bon bonus, stationnement fermé, 8 000 à 10 000 km/an, couverture tous risques avec franchises bien calibrées: les devis restent souvent bien placés.
  • VE d’occasion récente (valeur assurée moindre), usage régulier mais non intensif: prime contenue, à condition d’un contrat couvrant correctement batterie et recharge.
  • Profil rural ou périurbain avec réparateur habilité à proximité et sinistralité faible: impact positif sur la tarification.

📌 À retenir

  • Le surcoût d’assurance n’est pas systématique ni rédhibitoire. Il pénalise surtout les VE lourdes/technologiques, les profils à exposition élevée, et les zones chères. La clé est de reprendre la main sur le contrat (franchises, options, assistance) et sur le choix du véhicule (réparabilité, équipements).

En 2026, l’assurance ne doit pas devenir le talon d’Achille de l’électrique. La pression sur les coûts est réelle, mais des marges de manœuvre existent, côté automobilistes comme côté industrie. En attendant que la réparabilité progresse et que les filières se rodent, la meilleure défense reste un devis bien construit, une voiture judicieusement choisie et un contrat parfaitement ajusté à votre usage.

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