Emissions de CO2 d’une voiture

Les émissions de CO2 sont devenues, du fait de leur rôle avéré dans le réchauffement climatique, l’indicateur environnemental principal de l’industrie automobile. Bien plus, les émissions de CO2 sont même pour les constructeurs automobiles un argument marketing et pour le gouvernement un moyen de récompenser les automobilistes sous forme de bonus « écologique ». Mais de quoi parle-t-on exactement?

Avec les émissions de CO2, exprimées en grammes de CO2/km, on parle de ce que les voitures émettent en matière de Gaz à Effet de Serre (GES) durant leur utilisation. De ce fait, les émissions de CO2 sont directement corrélées à la consommation de carburant des véhicules.

Et ces émissions de CO2 par kilomètre parcouru ont de nombreuses applications: elles permettent de déterminer des seuils pour les pouvoirs publics afin de « récompenser » les voitures émettant moins de CO2 par kilomètre que les autres. Elles permettent aussi à la Commission européenne de fixer tout un ensemble de normes pour les constructeurs automobiles avec des objectifs chiffrés de réduction des émissions sous peine de pénalités financières.

En fait, ces émissions de CO2 ne veulent pas dire beaucoup car elles ne prennent absolument pas en compte les émissions liées à la fabrication, l’assemblage et le transport des véhicules avant leur achat, sans même parler des émissions liées au recyclage (75% d’une voiture est recyclé en fin de vie) ou à la mise en décharge de ce qui reste des Véhicules Hors d’Usage (VHU).

Une voiture nécessite en effet en moyenne 30 tonnes de matières premières lors de sa construction. Ces matières premières sont extraites du sol, transportées et transformées, activités fortement émettrices de CO2. A partir de ces matières premières, on va fabriquer des pièces détachées. Ces pièces sont ensuite elles aussi transportées, parfois à l’autre bout du monde, pour être assemblées dans les usines des constructeurs automobiles. Enfin, l’assemblage et le transport final des véhicules produisent là encore du CO2.

Également, le carburant (essence ou diesel) mis par l’automobiliste dans le réservoir de sa voiture a subi tout un ensemble de transformations depuis l’extraction du pétrole brut jusqu’au raffinage en passant bien évidemment par le transport, autant d’activités émettrices de CO2…

Tout ceci représente ce que l’on appelle les « émissions grises » de CO2, c’est-à-dire les émissions cachées qui ne relèvent pas directement de l’utilisation de la voiture mais n’en représentent pas moins une part importante des émissions totales des voitures, ce que l’on peut appeler le « bilan carbone de l’automobile ».

Et personne n’est vraiment en mesure de donner le bilan carbone réel de l’automobile. Il n’est même pas évident que les constructeurs automobiles connaissent ce bilan pour leurs propres voitures! Ce n’est pas vraiment leur problème puisque ce qui compte (pour les pouvoirs publics et les automobilistes), ce sont les émissions de CO2 par km…

Les suisses semblent être en avance sur cette question et parlent de plus en plus de la notion d’émissions grises de CO2. Un rapport récent met en évidence que les émissions grises de CO2 équivalent à 70% des émissions directes. Mais il s’agit d’une moyenne sur l’ensemble des émissions de CO2 tous secteurs d’activités confondus. Toujours est-il que ces émissions grises semblent loin d’être négligeables.

A titre d’exemple, pour une automobile émettant officiellement 180 grammes de CO2/km, cela représenterait en fait une émission totale de 306 grammes de CO2/km! On voit par-là que les bonus « écologiques » ne veulent pas dire grand chose, mis à part peut-être soutenir à bout de bras une industrie automobile polluante et moribonde…

Et pour les voitures électriques ? L’énergie électrique émet également du CO2, que les centrales soient principalement fossiles (gaz, fioul, charbon) ou nucléaires.

Autre vue de l’esprit: on nous vend l’idée que les modèles les plus récents, les plus sophistiqués (et aussi les plus chers au passage) sont les modèles avec les meilleurs taux d’émissions de CO2, surtout si on les compare avec de vieux modèles fortement émetteurs de CO2. Mais il ne faut pas oublier que les modèles les plus récents incorporent beaucoup de technologie, sont produits aux quatre coins du monde dans des usines d’assemblage mondialisées, à partir de matières premières toujours plus nombreuses et toujours plus éloignées…

Cerise sur le gâteau, il apparaît maintenant qu’à force de faire des efforts pour baisser ce fumeux taux de CO2/km, les constructeurs sacrifient en fait le reste et présentent des véhicules qui polluent de plus en plus! Car le CO2 est une chose, les nombreux polluants de l’automobile en sont une autre (No2, particules, CO, benzène, HAP, etc.).

3 réflexions au sujet de « Emissions de CO2 d’une voiture »

  1. Bruno

    Point de vue pertinent, mais évidemment pas très orthodoxe; j’irais plus loin en demandant à qui profitera le ‘crime’ in fine; en effet, d’ici à ce que tout le monde roule électrique, il faudra se demander d’où proviendra l’énergie, surtout la nuit; en tous cas pas des éoliennes et autress panneaux solaires (également objets de nombreux subsides), par nature diurnes. Quand à stocker cette électricité, il faudra sans doute passer par un autre médium, par exemple l’hydrogène. En attendant, les centrales thermiques (charbon et fioul) ont de beaux jours devant elles… et je n’ose pa parler du nucléaire.

  2. luc-du-bry

    Ces infos sont très utiles!!!! 🙂

  3. Flo

    Le plus embêtant c’est de ne pas avoir de Bilan Carbone dans le domaine de production et du recyclage.
    On aura beau nous donner de jolis chiffres, il manquera toujours des informations importantes à prendre en considération.
    J’ai pour ma part trouvé quelques chiffres sur la production de CO2 lors de la fabrication d’un voiture. Entre 5T et 5.5T en général, et BMW nous annonce 2.5T de son côté. Maintenant aucune étude sérieuse n’a été menée si je ne m’abuse.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.