En bref:
- L’électrique redonne de l’activité aux usines françaises (27 % des VE vendues en France en 2025 fabriquées en France vs 11 % pour le thermique) et pèse près de 29 % des immatriculations (mai 2026).
- Ce réancrage est réel mais partiel et fragile : il dépend des batteries, des composants, de la compétitivité et des aides publiques — pas d’une relocalisation totale.
Après des années de délocalisations, l’automobile française retrouve un début d’ancrage industriel sur son propre marché. Et ce redressement doit beaucoup à la voiture électrique. Non, il ne s’agit pas d’un grand retour triomphal du « tout fabriqué en France ». Mais les chiffres montrent clairement que l’électrification redonne de l’activité à des usines hexagonales qui avaient progressivement perdu du terrain sur les modèles thermiques.
Dans un contexte de transition énergétique, de concurrence chinoise et de débat sur la souveraineté industrielle, cette évolution mérite d’être regardée de près. Car derrière les parts de marché et les immatriculations, il y a une question simple : la voiture électrique peut-elle réellement contribuer à sauver le “Made in France” automobile ?
Un constat de départ : la France a perdu du terrain sur le thermique
Depuis plus de vingt ans, la production automobile française s’est largement internationalisée. Les constructeurs ont déplacé une part importante de leurs volumes vers l’Espagne, l’Europe centrale, la Turquie, le Maroc ou encore la Roumanie, en particulier sur les petits modèles à forte diffusion.
Résultat : les voitures vendues en France ne sont plus majoritairement produites en France. En 2025, selon les données relayées par l’Institut des Mobilités en Transition, la France ne représentait que 15 % des véhicules particuliers neufs vendus dans l’Hexagone en termes de pays de fabrication.
La géographie actuelle des voitures vendues en France
| Pays / zone de production | Part des ventes en France en 2025 |
|---|---|
| Union européenne | 77 % |
| Europe centrale | 28 % |
| Espagne | 16 % |
| France | 15 % |
| Allemagne | 13 % |
| Chine | 5 % |
📌 À retenir
La production reste très largement européenne, mais la France n’est plus le principal site de fabrication des voitures qu’elle achète.
Ce point est essentiel : le débat sur la « menace chinoise » existe, mais à ce stade, la première réalité du marché français reste surtout une concurrence intra-européenne. L’Espagne, l’Europe centrale et l’Allemagne captent une part significative des volumes.
L’électrique change la donne, au moins en partie
Là où le thermique a souvent quitté la France, l’électrique lui redonne un rôle. En 2025, 27 % des voitures électriques vendues en France étaient fabriquées dans l’Hexagone, contre seulement 11 % pour les voitures thermiques.
Cet écart est considérable. Il montre que la transition vers le véhicule électrique ne se limite pas à un changement de motorisation : elle recompose aussi la carte industrielle.
Le contraste est net
| Type de motorisation | Part produite en France dans les ventes 2025 |
|---|---|
| Voitures électriques | 27 % |
| Voitures thermiques | 11 % |
Autrement dit, une voiture électrique vendue en France a aujourd’hui beaucoup plus de chances d’avoir été assemblée en France qu’une voiture essence ou diesel.
Pourquoi l’électrique favorise davantage la production française
Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique.
1. Les constructeurs français ont réinvesti leurs sites nationaux sur l’électrique
Renault et Stellantis ont repositionné plusieurs usines françaises sur des modèles électriques ou électrifiés à forte visibilité. C’est un choix industriel, mais aussi politique : produire localement permet de valoriser l’origine, de raccourcir certaines chaînes logistiques et de mieux répondre aux critères des aides publiques.
Parmi les exemples les plus marquants :
- Renault 5 E-Tech
- Renault Scénic électrique
- Renault Megane électrique
- Peugeot e-3008
- Peugeot e-5008
- Peugeot e-208 sur une partie de la production selon les sites et les périodes
- Citroën ë-C3 pour partie hors France, ce qui rappelle que la dynamique reste contrastée selon les modèles
💡 Conseil d’expert
Il faut bien distinguer la nationalité de la marque et le pays de fabrication. Une voiture française n’est pas forcément produite en France ; inversement, un modèle d’une marque étrangère peut être assemblé dans l’Hexagone.
2. Les politiques publiques ont créé un avantage sélectif
L’essor du « made in France » électrique n’est pas spontané. Il tient aussi à la réglementation française, notamment à travers l’éco-score. Cet indicateur prend en compte l’empreinte environnementale de fabrication du véhicule et conditionne l’accès à certains soutiens publics.
Il influence notamment :
- l’éligibilité à certaines primes,
- le leasing social (fiscalité électrique),
- certains avantages fiscaux pour les flottes d’entreprise.
L’objectif est double :
- réduire l’empreinte carbone globale des véhicules aidés,
- orienter la demande vers des modèles davantage produits en Europe, voire en France.
Cette logique ne ferme pas le marché, mais elle réserve une partie de l’argent public à des véhicules jugés plus cohérents avec les objectifs industriels et climatiques français.
Le timing est favorable : l’électrique pèse désormais lourd dans le marché
Le redressement industriel français sur l’électrique arrive au moment où cette motorisation prend une place beaucoup plus importante dans les immatriculations.
En mai 2026, la voiture 100 % électrique a atteint 29 % de part de marché en France, un niveau record. Sur les cinq premiers mois de 2026, elle représente environ 28 % des immatriculations neuves. Si l’on ajoute les hybrides rechargeables, on monte à 35 % sur le mois de mai.
📊 Pourquoi c’est crucial ?
Plus la part de l’électrique progresse, plus la France peut profiter de ses capacités de production locales… à condition que les modèles qui se vendent soient effectivement fabriqués sur son territoire.
Des modèles français bien placés, mais pas seuls
La dynamique commerciale récente illustre bien cette situation. En mai 2026, le marché français a vu s’affronter le Tesla Model Y et la Renault 5 E-Tech en tête des ventes électriques. Tesla reste un acteur majeur, mais plusieurs modèles assemblés en France occupent des positions solides.
Top des électriques marquantes en mai 2026
- Tesla Model Y : 3 874 immatriculations
- Renault 5 électrique : 2 947
- Renault Scénic : 1 624
- Tesla Model 3 : 1 561
- Renault Mégane : 1 289
- Peugeot e-3008 : 1 205
- Citroën ë-C3 : 1 069
- Peugeot e-208 : 1 044
Ce classement montre deux choses :
- la demande pour l’électrique est désormais massive,
- les industriels français ont enfin quelques modèles capables de capter cette croissance.
C’est un point majeur. Pendant longtemps, la France vendait des véhicules conçus par ses groupes, mais produits ailleurs. Avec l’électrique, une part plus importante de la valeur industrielle revient sur le territoire.
Peut-on parler de réindustrialisation ? Oui, mais avec prudence
Le terme est séduisant, mais il mérite d’être manié avec rigueur. Nous ne sommes pas face à une relocalisation générale de l’automobile française. Nous sommes plutôt devant un mouvement de réancrage partiel, concentré sur certains segments et certaines usines.
Ce que l’on peut dire objectivement
✅ Oui, l’électrique redonne du travail et de la visibilité à des sites français.
✅ Oui, la part du fabriqué en France est nettement meilleure sur l’électrique que sur le thermique.
✅ Oui, les politiques publiques commencent à produire des effets mesurables.
Ce qu’il ne faut pas exagérer
❌ La majorité des voitures vendues en France ne sont toujours pas produites en France.
❌ Les grands volumes du marché restent encore largement assemblés hors de l’Hexagone.
❌ La compétitivité française demeure fragile face à l’Espagne, à l’Europe centrale et aux pays à coûts plus bas.
ℹ️ Note importante
Le risque serait de confondre succès médiatique de quelques modèles électriques et reconstruction complète de la filière. Entre les deux, il y a encore un écart considérable.
L’enjeu dépasse l’assemblage : batteries, composants, sous-traitance
La vraie réindustrialisation ne se mesure pas seulement au nombre de voitures assemblées. Elle dépend aussi de la localisation de la chaîne de valeur :
- cellules et modules de batteries,
- moteurs électriques,
- électronique de puissance,
- logiciels,
- recyclage,
- sous-traitance mécanique et plasturgie,
- ingénierie et R&D.
C’est là que se joue la souveraineté industrielle. Une voiture assemblée en France avec une forte part de composants importés améliore certes l’activité locale, mais ne recrée pas à elle seule une filière complète.
Les questions clés pour les prochaines années
- La France peut-elle sécuriser durablement sa filière batterie ?
- Les volumes seront-ils suffisants pour rentabiliser les investissements ?
- Les modèles produits localement resteront-ils compétitifs sans subventions massives ?
- Les futures règles européennes sur le contenu local renforceront-elles la production continentale ?
Le défi de la compétitivité reste entier
L’électrique réduit une partie de l’écart de compétitivité historique. Pourquoi ? Parce que l’industrie repart en partie d’une feuille blanche : nouvelles plateformes, nouvelles lignes, nouveaux équilibres logistiques. Cela peut offrir une seconde chance à des sites français.
Mais cette chance n’est pas garantie.
Les fragilités à surveiller
- coût du travail et de l’énergie,
- pression sur les marges,
- concurrence des constructeurs chinois,
- arbitrages industriels des groupes mondiaux,
- dépendance aux aides publiques,
- fluctuations de la demande en Europe.
📢 En clair
L’électrique aide le “Made in France”, mais il ne le sauvera pas à lui seul. Sans volumes, sans compétitivité et sans stratégie industrielle cohérente à l’échelle européenne, le mouvement peut rester limité.
Pourquoi cette évolution compte aussi pour l’environnement
Il y a enfin un point souvent sous-estimé : produire plus près du marché de vente peut aussi réduire une partie de l’empreinte logistique des véhicules, même si cela ne résume pas leur bilan carbone. La fabrication de la batterie, le mix électrique des pays producteurs, les matériaux utilisés et la durée de vie du véhicule restent déterminants.
L’intérêt du « made in France » électrique ne doit donc pas être vu uniquement sous l’angle patriotique ou social. Il s’inscrit aussi dans une logique plus large :
- meilleure traçabilité industrielle,
- normes environnementales plus homogènes,
- transport potentiellement réduit,
- alignement entre aides publiques et objectifs climatiques.
Ce qu’il faut retenir
Le “made in France” automobile retrouve des couleurs grâce à l’électrique, car :
- 27 % des voitures électriques vendues en France en 2025 y étaient fabriquées, contre 11 % des thermiques ;
- l’électrique pèse désormais près de 29 % du marché sur certains mois de 2026 ;
- plusieurs modèles porteurs produits en France soutiennent cette dynamique ;
- l’éco-score et les aides publiques orientent la demande vers une production plus locale ou plus européenne.
Mais les limites restent nettes :
- la France ne représente encore que 15 % des voitures neuves vendues sur son marché en pays de fabrication ;
- la réindustrialisation reste partielle et fragile ;
- la bataille se joue autant sur les batteries, les composants et les coûts que sur l’assemblage final.
La voiture électrique ne ressuscite pas à elle seule l’industrie automobile française, mais elle lui offre clairement une fenêtre de rebond que le thermique n’offrait plus. La vraie question, désormais, n’est plus de savoir si ce mouvement existe, mais s’il sera assez solide pour durer sans rester un simple îlot de résistance dans une industrie toujours mondialisée.
