Europe : Tesla décroche pour le 13e mois d’affilée, pendant que Chery et BYD accélèrent

En bref:

  • Le marché européen recule légèrement en janvier (–3,5 %) mais l’électrification progresse (BEV +14 %, PHEV +32 %).
  • Tesla enregistre son 13e mois consécutif de baisse (–17 % en janvier) et perd des parts de marché.
  • Les constructeurs chinois accélèrent : BYD +165 % et Chery (Omoda +197 %, Jaecoo +365 %) tirent profit des prix, de l’offre hybride/PHEV et d’une montée en réseau.

En janvier 2026, le marché automobile européen démarre dans le rouge… mais l’électrification, elle, continue de progresser. Le fait marquant n’est pas seulement la baisse globale des immatriculations : c’est le basculement du rapport de force entre les pionniers historiques de l’électrique et une nouvelle vague de constructeurs — notamment chinois — qui gagnent du terrain à grande vitesse.

Au cœur de cette photographie de début d’année : Tesla enregistre un 13e mois consécutif de recul en Europe, pendant que BYD explose… et que Chery signe une percée spectaculaire via ses marques Omoda et Jaecoo. Le tout sur un continent où l’offre s’élargit, les prix se tendent et les normes CO₂ poussent toujours plus fort.


Les chiffres qui posent le décor (janvier 2026)

Les données publiées par l’ACEA (Europe élargie : Union européenne + Royaume-Uni + EFTA) décrivent un marché globalement hésitant :

  • Marché total : 961 382 voitures en janvier, –3,5 % sur un an (ACEA)
  • Essence : environ –26 % sur un an
  • BEV (100 % électrique) : +14 %
  • PHEV (hybride rechargeable) : +32 %
  • HEV (hybride simple) : +6 %

📌 À retenir
L’Europe achète un peu moins de voitures, mais davantage de voitures électrifiées. Le “problème” pour certains constructeurs n’est donc pas l’électrique en soi : c’est qui capte la croissance.


Tesla : –17 % en janvier, et une glissade qui s’installe

Toujours selon l’ACEA, Tesla immatricule 8 075 voitures en janvier 2026, soit –17 % sur un an. Cela représente le 13e mois consécutif de baisse sur le continent. Sa part de marché (Europe élargie) recule également à 0,8 %, contre 1,0 % un an plus tôt.

Pourquoi Tesla cale en Europe (et pourquoi ce n’est pas “une seule raison”)

Plusieurs facteurs se superposent, et il serait simpliste de tout résumer à un effet conjoncturel :

  • Une concurrence devenue massive, surtout sur le “bon rapport prix/prestations” : de plus en plus de BEV et de PHEV “accessibles” arrivent, notamment de Chine (BYD, MG, Zeekr…).
  • Un renouvellement de gamme jugé trop lent sur les segments cœur de marché (Tesla reste très dépendant de Model 3 / Model Y, même si les évolutions techniques existent).
  • Un marché de l’occasion Tesla très fourni, avec le retour de volumes importants de véhicules issus de locations (4 à 6 ans), ce qui tire les prix d’occasion vers le bas et peut détourner une partie de la demande du neuf.
  • Un sujet d’image en Europe, alimenté par les prises de position et engagements politiques d’Elon Musk : même si l’impact exact est difficile à quantifier, plusieurs analystes considèrent que cela a pesé sur la perception de marque dans une partie de l’opinion.

« Les consommateurs ont beaucoup plus de choix… tandis que Tesla manque de nouveaux modèles » (Rico Luman, ING, cité par CNBC)

ℹ️ Note de méthode
Les chiffres d’immatriculations ne disent pas tout (commandes, livraisons, effets logistiques), mais sur 13 mois, la tendance devient structurelle, pas seulement “mensuelle”.


BYD : +165 % et une part de marché qui double

En miroir, BYD affiche une dynamique impressionnante en janvier 2026 :

  • 18 242 immatriculations, +165 % sur un an (ACEA)
  • Part de marché : 1,9 %, contre 0,7 % en janvier 2025

Ce qui frappe ici, c’est le symbole : BYD dépasse Tesla en volume sur le mois (au moins sur ce périmètre), et s’installe dans la durée.

Le nerf de la guerre : coûts et vitesse d’exécution

Plusieurs observateurs pointent un avantage de coûts encore difficile à combler à court terme (batteries, industrialisation, chaîne d’approvisionnement), même si l’écart tend à se réduire à mesure que les Européens “réapprennent” à produire des modèles électriques plus abordables.

📌 Bon à savoir
Les droits de douane européens additionnels sur les BEV chinois existent bien, mais ils ne suffisent pas (pour l’instant) à casser l’élan des marques les plus offensives — surtout quand elles savent jouer sur :

  • la dotation,
  • les offres de financement,
  • et parfois l’assemblage/localisation progressive (stratégies industrielles en Europe).

Le cas Chery : la percée “insolente” d’Omoda et Jaecoo

L’autre fait marquant du moment, c’est l’accélération de Chery en Europe via ses nouvelles marques export Omoda et Jaecoo — et des croissances à trois chiffres relevées par Dataforce (données préliminaires Europe élargie, 98 % de couverture).

Sur janvier 2026 :

  • Jaecoo : +365 %, 7 193 ventes
  • Omoda : +197 %, 6 596 ventes

💡 Conseil d’expert (lecture du signal)
Ces volumes restent inférieurs aux mastodontes européens, mais la vitesse de montée est l’indicateur clé : la Chine n’avance plus “marque par marque”, elle avance par grappes, avec des lancements parallèles, une stratégie réseau et une pression marketing forte.

Un choix stratégique : l’hybride (et l’hybride rechargeable) comme cheval de Troie

Chery ne se contente pas de “copier-coller” une offensive 100 % électrique. Omoda et Jaecoo arrivent avec une offre largement électrifiée, souvent centrée sur l’hybride et le PHEV — un point important, car :

  • le PHEV progresse fortement (+32 %) en janvier,
  • il répond bien aux flottes et aux usages mixtes,
  • et il est moins exposé (à ce stade) aux droits compensateurs ciblant strictement les BEV importés de Chine.

La différence qui compte en Europe : le réseau

Chery prépare une implantation “à l’européenne”, via des distributeurs et réparateurs. En France, l’objectif annoncé est un démarrage avec 70 à 74 points de vente dès le lancement (printemps 2026), et une ambition de 10 000 immatriculations en 2026 malgré une arrivée en cours d’année.

À retenir
Le succès européen ne se joue pas uniquement sur la fiche technique : SAV, pièces, garantie, financement, réseau restent décisifs — et les nouveaux entrants l’ont compris.


Le vrai point de bascule : l’Europe électrifie, mais Tesla ne “monopolise” plus la transition

Pendant des années, Tesla a incarné le raccourci mental “électrique = Tesla”. Début 2026, cette équation ne tient plus en Europe, parce que trois dynamiques convergent :

  1. La transition se diffuse : BEV, HEV, PHEV progressent, y compris chez les généralistes.
  2. Le choix explose : les consommateurs européens ont désormais des alternatives crédibles à tous les prix.
  3. La Chine arrive en force : non seulement avec BYD, mais avec une multiplication de marques, de sous-marques et de canaux.

Tableau récapitulatif (janvier 2026, Europe élargie)

IndicateurTeslaBYDChery (Omoda + Jaecoo)
Évolution sur un an–17 %+165 %+197 % / +365 %
Immatriculations (janvier)8 07518 2426 596 + 7 193
Signal marchéPerte d’élan / gamme sous pressionExpansion rapideEntrée agressive + stratégie réseau

Et maintenant : une tendance durable ou un “effet de début d’année” ?

La prudence s’impose : un mois ne fait pas une année. Mais 13 mois de recul pour Tesla, combinés à la montée régulière des marques chinoises, dessinent un scénario de fond : en Europe, l’électrification ne garantit plus le leadership à ceux qui l’ont initiée.

Le marché 2026 devrait surtout se jouer sur trois variables très concrètes : le prix réel (remises/financement), la capacité à livrer des volumes, et la crédibilité du réseau après-vente. Dans ce match-là, Tesla reste un acteur majeur… mais il n’est clairement plus seul à dicter le tempo.

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